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Saut-d ‘Eau, la ville -bonheur

Saut-d ‘Eau, la ville -bonheur

Perchée à l’est du département du Centre de la république d’Haïti, Saut-d ‘Eau est une petite commune d’environ 35.000 habitants. Connue comme lieu de culte et touristique, elle accueille chaque année des milliers de pèlerins et de visiteurs venant du pays et de la diaspora. Saut-d ‘Eau est l’une des expressions les plus vivantes du syncrétisme religieux, où vodouisants et catholiques se confondent dans l’exaltation spirituelle.  A l’occasion de la fête patronale de la Vierge du Mont Carmel, la « Vierge des Miracles »,  je suis allé visiter la ville que  l’on surnomme « La ville-bonheur ».

Le soleil battait son plein lorsque nous nous sommes embarqués dans un Suzuki 87, le petit chouchou de Françoise, l’amie qui nous a invités ma copine et moi ; nous avons mis le cap vers cette ville dont les histoires mystérieuses font penser aux iles au trésor. Françoise y va depuis plus de 25 ans. La circulation était fluide, Port-au-Prince s’est plutôt calmé depuis les dernières émeutes du 6 et 7 juillet. La ville reprenait son allure compacte, mais on y voyait toujours les restes des barricades enflammées, les vites des magasins brisées, pillées et incendiées. Il y avait aussi la peur qui transperçait certains visages. La population, on dirait, avait trouvé une manière pour se faire entendre par le gouvernement. Le trajet dura environs 3 heures, on fit un arrêt pour gouter aux  fritures des marchandes  qui ornent le bord de la route.  Aussitôt arrivés à la maison qui nous était réservée, un « Badji » (lieu sacré ou oratoire du houngan), on déposa nos valises et sortîmes explorer à pied la ville en pleine ébullition.

Direction, rivière La Terme

La circulation était d’une monstruosité festive, les rues  bondées de gens et de bandes -à -pied. Des foules dansaient au rythme des tambours et du tchatcha, des bambous et des trompettes, tous ces instruments qui donnent à notre musique une telle transcendance. La terre tremblait sous leurs pas de danse, laissant échapper de la poussière qui s’évaporait comme la fumée des usines.  Le soleil nous traquait toujours, il faisait une telle chaleur que seules les eaux de la rivière La Terme pouvait diminuer. L’eau fraiche de La Terme est aimée pour ses vertus thérapeutiques. Le long de ses berges dort l’argile vert connu pour ses nombreux bienfaits.

Flottant dans les eaux de la Terme. CP: Sephora Monteau

 

Moi et Sephora faisant un masque d’argile. C’est bon la peau.
CP: Françoise Ponticq

Vivez dans cette mini vidéo l’ambiance que donne une bande à pied ou Rara pour certains à la rivière

 

Des jeunes jouant au ballon dans la rivière. CP: Sephora Monteau

Après notre baignade la journée n’était pas encore finie. On est sortis cette fois à la rencontre de la vie nocturne d’un Saut-d’Eau surchauffé. Les piétons, les motards et les voitures se disputaient le passage à cause de l’étroitesse des rues. Au-dessus de nous, des gouttes de pluie commençaient à caresser nos visages enthousiasmés. Françoise nous a dit qu’il fallait absolument visiter le calvaire, l’église et « Nan Palm ». Le calvaire est un terrain rocailleux à ciel ouvert où sont représentées les quatorze stations de la passion du Christ, un chemin de croix. Sur chacune des croix ainsi que les roches, on voyait les pèlerins déposer leurs bougies en faisant leur prière. Au fond, on trouve quelques bancs placés sur les restes de ce qui a été une chapelle et une grande croix (calvaire), où est cloué seulement le buste de Jésus, la seule partie qui ait été épargnée par la catastrophe du 12 janvier.

L’église catholique se trouve à quelques cents mètres du calvaire, une foule était massée à l’entrée rendant le passage difficile. Avec grand peine, nous avons réussi à atteindre l’église. Il n’y avait même pas de la place pour piquer une aiguille, les fidèles dansaient et chantaient des morceaux qui les mettaient dans une autre dimension psychologique proche de la transe. Ici, ils oublient ne serait-ce que pour quelques instants, les soucis de leur vie. C’est quelque part un refuge. Nous nous sommes ensuite dirigés vers « Nan Palm », là où, selon la croyance, la Vierge est apparue. C’est là aussi que les pèlerins dorment s’ils n’ont pas d’autres endroits pour se reposer. Nous avons rencontré des « houngan » ou « divinò » (devin) qui faisait ses « leson » (prédire l’avenir) à qui le voulait.

En route vers le Saut, 45 minutes de marche

Le lendemain, juste après avoir bu notre café nous nous sommes dirigés vers le saut, il est  à 45 minutes de marche. C’était le jour où se tenait  la finale de la coupe du monde opposant l’équipe Française et la Croatie. Je voulais suivre le match, supporter l’équipe Croate, mais ce n’était pas si évident que ça. Le long de la route, on a croisé des dizaines de pèlerins et de sociétés vodou qui venaient du Saut. Ils y vont principalement pour prendre des bains de chance et faire leurs incantations.

Des Pèlerins venant du Saut. CP: Peterson Antenor

 

Elles marchent tout en cantonnant des chansons. CP: Peterson Antenor

Le culte de l’eau 

L’ambiance dans ce sanctuaire naturel est à la fois frémissante et mythique. On sent le tressaillement de l’âme du croyant, on entend les complaintes et lamentations de ses femmes, hommes et enfants pour qui ce voyage est une quête de délivrance. Délivrance face á la misère devenu insupportable, délivrance face aux sécheresses: la terre ne veut plus donner á manger, délivrance face á la misère, l’angoisse et la peur. On voit ses visages cherchant une lueur d’espoir dans les flammes de leurs bougies. L’eau ici est sacrée. Le bain est purificateur, il permet de se débarrasser des malchances et des malédictions. En jetant les habits portés lors du bain un pèlerin nous a dit: on se débarrasse des « giyon » ( malchances).

Autour du Saut on remarque plein de personnes massées en petits groupes. On y voit les pèlerins, de nombreux Haïtiens vivants à l’étranger, des marchands ambulants et des gens qui sont venus en visite et prendre un bain. J’ai croisé deux étudiants en ethnologie de l’Université Laval qui faisaient une recherche sur le Saut. Ils m’ont pris comme sujet, je leur ai donné une petite entrevue. Certains en profitent pour faire de la magie, comme ce« houngan » qui faisait une cérémonie de noce. La femme concernée aurait reçu un sort d’une des maitresses de son homme et un « houngan » devait procéder à ce mariage pour qu’elle guérisse.

Les gens prennent leur bain.
CP: Sephora Monteau

Des prêtresses vaudou aident les fidèles à faire leurs demandes avec des bougies.
CP: Sephora Monteau

Des pèlerins parlant à la Vierge des Miracles.
CP: Peterson Antenor

 

Moi et Françoise avant de prendre notre bain.
CP: Sephora Monteau

A bientôt!

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Lors de certains Match de football, le centre-ville de Port-au-Prince est désert

Lors de certains Match de football, le centre-ville de Port-au-Prince est désert

Depuis trois semaines, un peu partout dans le monde, c’est l’effervescence à cause de la coupe du monde organisé par la Russie. Selon les estimations, 1 millions de supporteurs est attendu sur place et 1 milliard de téléspectateurs regarderont la finale.  A Port-au-Prince, comme un peu partout en Haïti, un grand public de fan est aussi au rendez-vous : la mobilisation est si grande que lors de certains matchs, certaines rues de la capitale sont pratiquement désertes.

 

Quoique la sélection haïtienne de football ne dispute pas cette phase finale de coupe du monde – cela fait exactement 44 ans depuis notre première et seule participation à un mondial -, beaucoup d’haïtiens restent des fans invétérés du football. Et ceci toute l’année. Mais la période de la Coupe du monde est l’occasion d’une mobilisation particulièrement importante : les médias sont très actifs et les publicités, nombreuses, plutôt rentables. C’est aussi l’occasion pour les hommes politiques de faire de la propagande en faisant toute sorte de dons (des écrans par exemples dans les quartiers populaires). Pour le gouvernement c’est un moment de répit, une grande diversion : tout le monde reste rivé devant sa télé et tourne le dos à la chose publique. Et c’est le moment idéal pour les manigances et malversations. On prévoit une hausse des prix de l’essence pour les jours à venir.En effet, à cause de l’annonce de la suspension des subventions par la MFI, le gouvernement prévoit très prochainement d’augmenter le prix du carburant.

 

Les haïtiens sont très branchés foot

Brésiliens, Argentins, Allemands, Français et autres sont autant de ces nationalités dont les haïtiens (ceux et celles qui sont fans biens sur) se réclament pour montrer quelle équipe ils soutiennent. Le Brésil et l’Argentine sont les deux équipes les plus aimées en Haïti. Les décors des rues et des maisons, l’engouement pour regarder les matchs qui opposent ces deux équipes à d’autres, les discussions après les matchs, les cris de joie qui font écho lors d’une victoire illustrent bien cet état de fait. Ici, on dit que nous avons le « football dans le sang » pourtant  on ne fait pas grande figure dans les grandes compétitions. Même au niveau de notre championnat national ce n’est pas la grande forme. Etre temps, les footeux s’amusent au mondial.

 

Un groupe d’Haïtiens scandent l’hymne nationale en hissant le drapeau Brésilien 

Le football ici est très branché, le fanatisme très présent aussi. Il suffit de faire défiler les notifications de Facebook pour voir comment la toile s’enflamme et ne parle quasiment plus que des matchs.  Dans certaines rues du capital lors de certains matchs les rues du centre-ville de Port-au-Prince sont pratiquement désertes. Vous vous demandez où sont les gens ? Alors avec notre camera nous sommes allés les trouver devant les écrans suivant la coupe du monde.

 

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Les réseaux socionumériques sont-ils révélateurs de déficiences affectives et psychologiques ?

Les réseaux socionumériques sont-ils révélateurs de déficiences affectives et psychologiques ?

L’on ne se lasse pas après des heures à surfer sur les réseaux socionumériques, temps fugace qui s’évapore sous nos yeux telle une étoile filante dans un ciel sombre. Et le temps, on n’en a jamais assez ces temps-ci. On se plaint de la vitesse à laquelle il défile devant nous. Insaisissable. Peut-être ce n’est qu’une illusion obstinément persistante, dans ce cas Einstein a raison. A chaque instant on vérifie les notifications de nos Smartphones, on ne veut absolument rien manqué. Notre génération s’est fait appeler « digital native » ; c’est une génération hyper connectée.

Les derniers progrès technologiques ont mis à notre disposition le monde défilant sur l’écran que l’on tient dans sa main. La terre n’est donc plus supportée par les bras géant d’Hercule. Scotcher derrière mon Smartphone, je découvre le monde qui est désormais à ma portée, sans visa de séjour ni billet, je rentre par la porte du virtuel. Le virtuel est à la fois fascinant et dangereux. En observant la conduite de mes amis du web, j’arrive à me demande si ce que nous postons sur nos murs et nos commentaires ne révèlent pas d’autres facettes de notre état affectif et psychologique ?

Loin de moi l’idée de « pathologiser » certains comportements de mes amis, l’idée c’est de considérer le virtuel comme lieu de croisement et de construction des « nouveaux rapports de sociabilité». A partir des tweets, des publications de photos, vidéos et autres il est possible de déceler les dessous d’une communication beaucoup plus complexe.

L’engouffrement dans l’espace virtuel

L’essence de l’homme est d’être virtuel, parce qu’il ne peut se satisfaire de sa réalité passa- gère Philippe Quéau

Le virtuel titille nos fantasmes, nos imaginations et illusions de toutes sortes. C’est un lieu de prédilection pour l’assouvissement des désirs les plus farfelus, un réel latent en attente d’actualisation. Aussi, il est un espace de liberté où les contraintes réelles sont moins présentes. Bastion de la transgression. Peut-être c’est ce qui explique cette facilité que nous avons à entrer en relation virtuellement avec une personne en arrivant même à franchir de manière prompte certaines sphères jadis intime. La vie privée se retrouve violenter et l’espace publique envahit. La société hypermoderne voit dans le virtuel le lieu de tous les possibles, tout le monde s’y engouffre.

Les publications, les tweets, les statuts peuvent être révélateurs

L’usager des réseaux sociaux laissent derrière lui des traces parfois indélébiles. Une vieille photo qu’on a partagée, une prise de position sur un sujet enflammant, un commentaire posté avec colère peut être avéré préjudiciable. Autre part, on parle déjà du droit à l’oubli c’est-à-dire la possibilité d’effacer les contenus publiés devenus indésirables. Une mesure qui permet de protéger l’identité numérique de certains ados, un droit à l’erreur. Les réseaux sociaux sont le miroir d’un monde où les frontières deviennent de plus en plus floues, « l’individu connecté » est à la fois acteur et spectateur derrière son écran où défilent la joie et l’amour, la tristesse et la peur, les turpitudes et l’angoisse du monde.

En fait, un tweet, une photo, un article partagé n’est jamais insignifiant pour la personne. Certains comportements sur les réseaux sociaux peuvent susciter l’admiration, d’autres la répugnance mais aussi il en existe qui peuvent avérer alarmant. Combien de nos amis à travers leurs publications de photos, les messages de leurs statuts whatsapp nous renvoient des signaux de leur état émotionnel. On n’a pas besoin d’être psychologue pour sentir ce genre de chose et aller vers l’autre.

Le suicide de l’agronome le mois d’avril dernier témoigne le côté alarmant de quelques publications sur les réseaux socio-numériques, ils disaient dans un post sur Facebook qu’il ne pourra pas tenir beaucoup face à la souffrance que lui infligeait son cancer de prostate. Est-ce qu’il a été compris et pris en charge par son entourage ? Je ne sais pas, je ne leur mets pas en cause aussi, ce sont juste des questions. Qu’il repose en paix. Mais entre-temps, peut-être que nous pouvons accorder beaucoup plus d’importance à certains signes qui nous arrivent de l’espace virtuel.

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J’aime ma fille, pourtant parfois j’ai envie de la tuer

J’aime ma fille, pourtant parfois j’ai envie de la tuer

Dans cette chronique de Psy-ambulante il est raconté l’histoire de Nadia, une jeune fille de 21 ans qui souffre de phobie d’impulsion après avoir mis au monde sa fille. Nadia est en proie à des idées intrusives provoquant des comportements compulsifs. Elle se retrouve parfois piégée entre le sentiment d’amour, le désir de protection pour sa fille et l’envie lui faire du mal allant jusqu’à ôter sa vie.

Seules les ailes de l’amour m’exultaient, elles m’emportaient au-delà de cette souffrance. Auprès de Rony, le temps s’arrête. J’oubliais tout. Les difficultés financières de ma mère, le fait de ne pas pouvoir fréquenter une université, mes besoins quotidiens, mon avenir… Il était pour moi cette figure paternelle, ce refuge face aux aléas de l’existence. Nos habitudes, les sourires, les regards complaisants, les mots doux et l’érotisme provoquèrent la passion. J’en étais devenue insatiable. Le sexe transcendait mon être, cette balade des sens me laissait à moitié abasourdie. Captivé par ce désir excessif on n’oubliait parfois de nous protéger. Et, je suis tombée enceinte.

Les mois éternels de ma vie                                                 

Ma grossesse était comme une malédiction à laquelle personne ne s’attendait. Ma mère et mes oncles ont consenti d’énormes sacrifices pour moi. J’ai eu une éducation de qualité en fréquentant les meilleures écoles de ma ville. Certains de mes camarades étaient des jeunes dépourvus d’aucun souci d’argent, les sentiers de leur avenir étaient ornés d’opportunités. Alors que moi, je manquais de tout. Cette nouvelle a éclaté ma famille. Ma mère était vue comme seule responsable aux yeux de mes oncles; ils disaient qu’elle me laissait faire ce que je voulais.

Le petit prenait de plus en plus d’espace à l’intérieur de moi. Il en voulait pour progresser dans son développement. Pourtant, je ne me sentais pas prête à l’accueillir ; j’avais comme objectif d’entrer à l’université pour me frayer un avenir meilleur. Mon entourage s’en est vite rendu compte, entre temps la nouvelle commençait à se propager, les ragots de toutes pièces étaient déclenchés, puis il y a eu le rejet. Pour mes oncles, je venais de gaspiller ma vie. Cloîtrée aux quatre murs, les larmes essayaient de me laver de cette boue. Il ne se passa un jour sans que j’aie pleuré en maudissant le petit. Je ne voulais avoir aucun contact avec l’extérieur alors je me suis repliée sur moi-même.

Rony était toujours là pour moi. Mais sa présence n’y pouvait plus rien. Nous étions face à une destinée incertaine, le futur nous faisait peur. Et le petit être ne faisait que grandir. Toutes les questions me venaient à l’esprit concernant sa venue au monde. Je savais aussitôt qu’elle naissait qu’elle aura la vie. Mais de quelle vie on parle ? C’est vrai, son père va se débrouiller pour qu’il puisse avoir le minimum. Mais on n’accueille pas un enfant avec seulement le minimum.

Prise entre l’amour et le désir de la tuer                                

Le moment où j’ai pris Nesha dans mes bras pour la première fois, un sentiment d’émerveillement et d’émoi m’emparait. Je me disais que je suis prête à confronter la vie avec elle. Après quelques semaines survint  mes tourments, je commençais à avoir peur de la prendre dans mes bras. Il m’était impossible de rester avec elle seule à la maison. Parfois j’avais envie de la prendre dans mes bras, la cajoler, caresser son doux visage, jouer avec elle, sentir son petit cœur battre contre ma poitrine. Par contre , je n’arrivais pas à la toucher. J’avais envie de la pendre, de l’étouffer. L’anxiété me saisissait lorsque je me tenais près d’un couteau. Il m’était impossible d’aller à la toilette de peur de la jeter dans la latrine. Toutes ces idées me faisaient penser que j’étais une meurtrière. Je me sentais coupable. Mon plus grand mal était de ne pas pouvoir en parler à quelqu’un, de peur qu’on ne me juge, de ne pas être comprise. Je pleurais chaque fois que j’étais prise de panique, je voulais retrouver ma vie normale, chasser ses idées de ma tête.

C’était alors un trouble psychologique

Ma mère a cru que c’était dû à un sort que quelqu’un m’avait jeté, elle me dit de recommencer d’aller à l’église. Je n’y croyais pas. J’ai donc consulté des moteurs de recherches sur internet en inscrivant les signes et symptômes. Je me suis retrouvée a travers les histoires lues sur les forums. Ses femmes avaient pratiquement les mêmes difficultés que moi. Elles parlaient de dépression post-partum, de phobie d’impulsion, d’anxiété et d’angoisse. J’ai approfondi les recherches, ainsi j’ai pu mettre un nom sur ma souffrance.

J’avais pris un peu de temps pour consulter un médecin généraliste dans ma ville, j’ai su par la suite que je devais voir un psychologue. Mais ici, il n’y a pas de clinique de psychologie. Même l’hôpital de la ville ne détient pas un service psychologique. Le médecin m’avait prescrit des anxiolytiques qui ont diminué les angoisses, mais les idées n’avaient pas totalement disparues. Les angoisses diminuaient une période de temps pour réapparaitre comme au point de départ lorsque je vivais une situation contrariante. Ce n’est pas une maladie due à la superstition comme maman pensait, mais c’était un trouble psychologique causé par les situations que j’ai vécues pendant ma grossesse. En ce moment, je suis en train de faire une thérapie, et je me sens mieux. Elle m’aide à m’exposer graduellement aux situations angoissantes avec ma fille. Je commence à ne plus penser à ses idées sordides, je ne suis pas une meurtrière, j’aime ma fille et je veux son bonheur.

Publié par Peterson Antenor dans Chronique Psy-Ambulante, 8 commentaires
Ma francophonie me permet de rester connecté avec l’Afrique

Ma francophonie me permet de rester connecté avec l’Afrique

À travers les propos grivois que l’on s’échangeait lors de nos désaccords entre copains s’inscrivent mes premiers liens tissés avec le mot « afriken » au cours de mon enfance en Haïti. On n’y faisait pas référence aux habitants du berceau de l’humanité. L’Afrique, cette partie du monde où une grande beauté humaine et des richesses naturelles et culturelles sont enchevêtrées avec une misère épouvantable. On appelait « afriken » celui dont la peau était la plus foncée et les cheveux les plus crépus, une « tèt grenn » comme on dit ici. L’Africain dans ce sens est vu comme ce qui a de plus abject, l’expression caricaturale de la laideur, tel ce monstre à plusieurs têtes qui hantait nos cauchemars. Nos idées d’enfants nous portaient à croire en cette notion futile de « race » chez les humains. Cette pure invention de l’homme pour assouvir sa domination, installer une soi-disant hiérarchie ; la marque éternelle de la division entre les humains. Cela ne rendait pas le sourire aux lèvres à celui qui était traité d’« afriken », souvent l’affaire déborde et finit en bagarre. Ah, ces histoires d’enfants qui nous renvoient à cette époque où on croquait la vie à pleines dents !

Je suis entré en Afrique par la porte de la poésie

Bercé par le doux charme de la poésie, la sublimation fut le mécanisme de défense qui me permettait de canaliser les tensions de mon adolescence. L’énergie pulsionnelle était dirigée vers les études. Ainsi, je prenais un plaisir fou dans les livres. Un jour, un pote m’a prêté une anthologie de poésie, en voyageant entre ses pages, je suis tombé sur des textes d’auteurs Africains, parmi lesquels Bernard Dadié qui remercie son Dieu de l’avoir créé noir. Cette lecture réajusta le regard que je portais sur la question de couleur, celui que j’avais sur ma peau. Ces vers sont d’une telle éloquence et d’une magnanimité révoltante face au racisme séculier que subissent les noirs. Dès lors, j’ai cessé de demander à Dieu pourquoi donc suis-je nègre ? Si la prière du nègre avais moins de charme ? Donc, je me suis mis à le remercier aussi. J’ai cessé de nous voir comme étant les damnés de la terre.

La solidarité Africaine

On parle très peu des rapports solidaires existants entre nous et l’Afrique. Bien que l’Afrique soit assaillie par à peu près les mêmes problèmes que nous, il y a toujours eu un élan de générosité entre la Mère Patrie et nous. Après le tremblement de terre dévastateur du 12 janvier 2010, une grande partie de l’Afrique s’est mobilisée à nos côtés, ce fut un acte historique et symbolique. La Côte d’Ivoire a envoyé des secouristes et du matériel, la Sierra Leone, le Liberia, le Rwanda, le Tchad, le Bénin ont mobilisé des fonds pour nous venir en aide. Le Sénégal avait même proposé une région aux haïtiens qui voulaient s’installer là-bas.

Elle n’a pas été seulement collective, cette solidarité, un ami congolais m’a transféré personnellement de l’argent. Changer le franc CFA en dollars US pour traverser les océans a été pour moi un geste très touchant qui témoigne d’un fort humanisme. Cet acte fraternel m’a rapproché beaucoup plus de la terre de mes ancêtres. On ne s’est jamais rencontré physiquement, lui et moi ; nous nous sommes rencontrés sur un site internet où je publiais mes poèmes lorsque j’étais adolescent – entre la poésie et moi il y avait une profonde intimité – je ne me rappelle pas trop de quoi parlaient nos poésies, mais nos vers nous ont séduit mutuellement, puis on a gardé contact. Avec lui, j’ai su à quel point le virtuel pouvait créer des liens amicaux soudés. Un jour, peut-être, je lui donnerai une bonne poignée de main fraternelle.

Et il y a eu Mondoblog

Les statistiques me font un peu défaut, mais il est certain que la plateforme Mondoblog est composée majoritairement de blogueurs africains. Leurs articles de blog m’apprennent énormément sur ce qui passe sur le continent. Tiasy me rapporte par exemple qu’à Madagascar, la musique passe à l’auto piratage, ce qui est « devenu une solution pour de nombreux artistes qui n’ont pas les moyens de se payer – ou ne veulent pas se payer – le matraquage dans les médias ». En me faisant visiter son Congo à elle, Maryse Grari me fait penser un peu au Congo déchiré de mon ami Mokuba. La prochaine fois que j’irai sur son blog, je visiterai celui de sa mère. Le billet de Laackater vient d’affermir les soupçons que nous avions sur le rôle de la France dans l’assassinat de Thomas Sankara. Je suis particulièrement de près le web activiste Ousmane, pour lui, être blogueur est une question de partage et de passion plutôt qu’une affaire d’argent. Bref, tous les blogueurs africains contribuent à me donner cette présence, ne serait-ce que virtuelle, en Afrique.

L’Afrique est le point de départ, j’y fais référence non pas pour dire qu’ici n’est pas notre chez nous, mais pour camper l’Afrique comme repère temporel. Tout a commencé là-bas. Nous avons une grande proximité culturelle avec cette terre et le français comme outil linguistique participe énormément à cette connexion. Si le français, jadis, a été imposé par le colonisateur, il devient actuellement un instrument important pour véhiculer la culture française. Nous autres devons être des acteurs conscients de nos rapports communicationnels. Cette langue doit cesser d’être un outil d’aliénation et de clivage social. Elle peut être source de créativité, véhicule de savoir et de savoir-faire. C’est ainsi que je pense qu’une coopération afro-caribéenne serait enrichissante en mutualisant nos ressources et connaissances.

Publié par Peterson Antenor dans Billets, 17 commentaires
Rency Inson appelle les congressistes de la 3e Chaire Anténor Firmin à une noble quête : la justice cognitive

Rency Inson appelle les congressistes de la 3e Chaire Anténor Firmin à une noble quête : la justice cognitive

A l’occasion de la troisième édition du Congrès universitaire baptisé « Chaire Anténor Firmin » organisée par la Faculté de Droit, des Sciences Economiques et de Gestion du Cap-Haitien autour du thème : « Université et Développement durable » les 18, 19 et 20 mai derniers, l’intervention du jeune Rency Inson Michel a attiré mon attention. J’ai jugé intéressant de vous faire part de quelques grands axes.

Cela m’arrive souvent de prendre un peu de recul pour me cloitrer dans un bulbe de spectateur de la longue marche de nos jeunes. Ces instants d’évasion me permettent de m’identifier à certains qui s’investissent pour une quelconque cause, et aussi parfois de m’en distancier des influences d’autres. Voir un jeune embrassé une vision et faire preuve d’une aussi grande ténacité me donne le sentiment de m’accrocher un peu plus, d’attacher mes ceintures car nous passons dans une zone de grande turbulence. Personne ne sait quand est ce que l’on va pouvoir s’en sortir, devrions nous croire en cette génération? Je suis plutôt du genre perplexe, mais cela ne veut pas dire que je ne devrais pas nourrir cette lueur d’espoir que l’on voit dans certains d’entre nous.

Porteur étendard du Réseau des Jeunes Bénévoles du Classique des Sciences sociales, (REJEBECSS), une association qui travaille en étroite collaboration avec les Classiques des Sciences Sociales pour rendre accessible sur internet des ouvrages de chercheurs haitiens aux profits des étudiants et chercheurs du monde, Rency a articulé ses réflexions autour de ce sujet : la justice cognitive, un concept essentiel pour théoriser le développement local d’Haïti. D’entrée de jeu, il a formulé une hypothèse de départ comme quoi « les chercheurs, étudiants, professeurs haïtiens confrontent à des difficultés qui les empêchent de déployer le plein potentiel de leurs talents intellectuels, de leurs savoirs, de leurs capacités de recherche scientifique pour les mettre au service du développement local de leur pays ». La SOHA[1] interprètent ces difficultés comme des injustices cognitives. Par injustice cognitive, l’intervenant se réfère par cette fracture qu’il y a entre les détenteurs des savoirs, entre les savoirs, entre les universités…

L’étudiant finissant en sociologie a dénombré cinq de ces injustices :

  1. Absence d’infrastructures et de politiques de recherche en Haïti (Il a fait le plaidoyer pour une politique Nationale de Recherche scientifique en Haïti)

 

  1. Faible littératie numérique (la littératie numérique désigne la capacité d’exploiter de manière optimale les possibilités d’un ordinateur et du web. Rency reprend l’idée de Guy Rocher selon laquelle, une université qui reste myope devant les brassages qui s’opèrent devant elle vit dans une Toure d’ivoire qui risque de s’écrouler sous ses pieds. Aussi, considérant que nous vivons l’ère de la révolution numérique, il invite à former nos universitaires à l’aune du numérique).

 

 

  1. Mépris des savoirs locaux ou de tout autre savoir qui se produit en dehors du cadre normatif de la science conventionnelle. (il plaide pour leur valorisation, leur diffusion et leur application)

 

  1. L’aliénation épistémique est profonde (il plaide pour l’instauration d’une épistémologie adaptée au contexte local)

 

 

  1. La Pédagogie de l’humiliation (la souffrance née des pratiques de la pédagogie de l’humiliation est grande et contibuer à bloquer le potentiel des jeunes étudiants du pays)

En gros, son exposé est un appel à une noble quête : la justice cognitive[2]. Un concept proposé en 2009 par Shiv Visvanathan et qui désigne la reconnaissance active de la pluralité des savoirs en science. Il se fonde sur :

  • la valorisation des savoirs locaux (la décolonisation épistémologique)
  • le libre accès numérique aux savoirs scientifiques et non-scientifiques
  • la prise en compte des savoirs des femmes, des jeunes et des groupes marginalisés
  • l’empowerment des chercheurs et chercheuses du Sud et de leurs savoirs
  • la prise en compte des préoccupations locales dans la recherche universitaire
  • la critique du positivisme hégémonique et de l’économie du savoir

 

[1] La SOHA (Science ouverte Haïti Afrique) est un projet de recherche qui a duré deux ans dont est issu Rency et d’autres jeunes Haïtiens et Africains, il s’est transformé maintenant en APSOHA (Association pour la Promotion de la Science Ouverte en Haïti et en Afrique Francophone.)

 

 

 

La salle de l’auditorium

La table des panélistes

 

Rency lors de son intervention

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Mon bras  fantôme

Mon bras fantôme

Le mardi 12 janvier 2010 Haïti a connu la pire catastrophe de son histoire, trois départements sont sévèrement touchés, on a recensé plus de 300.000 pertes en vie humaines, les dégâts ont été très lourd. Fedya était dans son école quand elle a senti le bâtiment craquer sous ses pieds, elle a survécu mais un de ces bras a été enfermé sous une poutre de béton. Depuis, elle ressent son bras fantôme.

source: TPE seisme-E-mon site

Hmm… ce mardi…

Les années, on dirait, n’ont pas réussi à me défaire des souvenirs qui me calcinent. Ce jour a totalement déboité ma vie. Le sourire hilare qui animait mes humeurs a laissé place à ce faciès terne. Que de peine j’ai enduré. La présence de ma mère me réconfortait, elle savait bien comment accorder les notes de ma vie pour y mettre l’harmonie. Peu à peu, j’ai essayé de récoler les morceaux, m’ouvrir vers d’autres horizons. D’autres projets étaient en vue, il fallait reconstituer une vie écartelée, un corps, un esprit morcelé. Chaque jour, je me heurte à l’évidence de reconstituer l’image que j’avais de moi. Un de mes bras s’est broyé sous les effets saccageant des décombres de mon école. Je ne suis plus la même physiquement pourtant, je ressens toujours mon bras bouger. Je le vois, je le ressens toujours.

 

Ce drame ne mérite pas que je m’attarde dessus, même si au fond, je pense qu’il sera utile d’en parler à chaque fois que l’on ressent ce poids crisper l’estomac. Peut-être ainsi, l’on pourrait donner voix aux souffrances enfouies en nous. Je préfère faire ce survole, pas parce que je ne sens pas le courage, mais pour épargner à d’autres ces souvenirs qu’ils ont réussi à écarter, à reléguer au rang de l’oubli. Nous n’avons pas tous, la même force de résistance face à l’adversité. Certains d’entre nous étaient déjà très fragile affectivement et émotionnellement, d’autres se sont laissés emparer par l’effroi de cette misère funeste. Ils sont des milliers, parmi ceux qui ont survécu, qui ont été totalement anéantis. Je pense à Mireille, la nièce de mon père, qui a sombré dans la folie errant dans les rues de la ville. Heureusement, je suis de ceux qui luttent contre cet anéantissement, j’ai perdu mon bras mais je veux garder mes espoirs.

 

Je vois et ressens mon bras

Prendre le risque de vivre, c’est accepter de ne pas prendre la poudre d’escampette face aux expériences malencontreuses. Depuis après avoir subi cette intervention des médecins étrangers, dont je doute encore de leur expertise et de leur bonne foi, je vois et ressens toujours mon bras. Sa présence se manifeste par des douleurs terribles, parfois il m’arrive d’essayer de le lever en l’air pour qu’il accompagne l’autre dans son mouvement. J’ai même l’habitude de me relever la nuit et essaie d’attraper quelque chose avec mon bras amputé, ce n’est qu’après je me rends compte que c’était son fantôme. Les nuits qui ont suivi cette catastrophe ont été interminables, je n’arrivais pas à fermer mes yeux. Seule à ma mère, j’en parlais. Je ne prenais pas le risque d’en parler à une autre personne de peur qu’elle mette en question mon équilibre psychique.

 

Avec le temps, j’ai fini par sortir petit à petit de mon mutisme, j’ai décidé d’en parler à quelques personnes que je rencontrais, il y a parmi eux qui ne m’ont jamais compris, d’autres me disent que c’est normal et que j’allais toujours ressentir cette douleur. Alors, j’ai appris à vivre avec en pensant que je n’y pouvais rien.

 

Ma mère a entendu parler d’une institution qui facilitait l’acquisition de prothèse pour mettre à la place de mon bras. Ce bras de poupée géant, comme je l’appelle, ne m’a jamais fait bonne impression, à mon bras fantôme aussi ; parce que je ne me suis jamais senti à mon aise en le portant. Je m’en suis servi que quelque rare fois. C’était comme s’il y avait un conflit de titan entre mon bras fantôme et la prothèse, donc j’ai mis celui-ci dans un coin pour ne plus contrarier mes jours.

 

Une affaire d’image corporelle

Je doutais bien du pouvoir de cette boite noire qui devient de plus en plus lumineux avec les recherches scientifiques actuelles. Je ne sais pas d’où est sorti ce jeune homme pour venir s’entretenir avec moi au sujet de mon bras fantôme. C’était un samedi après-midi d’un week-end surchauffé par une ambiance de carnaval, je me trouvais à l’institution où se tient notre rencontre habituelle. Je fais partie d’une association de femme vivant avec un handicap. Lui, j’ignore ce qu’il était venu faire, je pense qu’il est un habitué de la maison. Sans aucun gène, ce qui m’a un peu surprise, il m’a questionné à propos de mon bras. Peu d’inconnu n’ont eu le courage de faire ça, souvent il me parle avec ce regard plein de pitié, c’est comme s’ils ne pouvaient pas trouver les mots justes. Il y a des rencontres qui jouent le rôle d’un effet de contre-séisme. C’est ainsi que je conçois cette rencontre avec Luc. Il est la première personne, après ma mère qui n’a pas un handicap moteur mais qui comprend avec ferveur ce que je sens. Il a mis un mot à ma souffrance : «  les douleurs fantômes », moi qui parlais de bras fantômes.

source: Haiti Press Network

En effet, il a pris le soin de m’expliquer que c’est normal les douleurs que je ressens, mais il a soutenu que c’est possible qu’elles disparaissent définitivement. D’après, lui c’est mon cerveau qui est à la base de tout ça, celui-ci cartographie l’image corporel dans des zones spécifiques. Comme ça, il propulse à travers les systèmes nerveux les messages à nos sens. Ce qui arrive avec mon cerveau me, laissait-t-il comprendre, c’est qu’il n’est pas encore arrivé à reconstruire une nouvelle image de mon corps. D’où l’explication de la présence des douleurs fantômes. La psychomotricité s’est intéressée à ce problème ; ce qui a donné lieux à des interventions aux effets prodigieux. Luc, m’a donné le contact d’un centre spécialisé pour les amputations où on paie seulement un prix symbolique vue le résultat de leur intervention. Au bout de trois mois de thérapie, je commence à ne plus apercevoir, ni même sentir mon bras fantômes et les douleurs ne sont plus présent.

Je m’étais tellement habitué que des fois mon bras fantôme me manque, je me croyais tellement diffèrent. J’ai réussi à me servir de la prothèse, j’ai comme l’impression de retrouver mon bras. Avec Luc, cela se passe à merveille, on a tellement de projet ensemble.

 

 

Source: Handicap International

Publié par Peterson Antenor dans Chronique Psy-Ambulante, 9 commentaires
Haïti encore plongé dans l’aide l’humanitaire

L’humanitaire, un concept en temps de crise qui procure de l’espoir, celui de pouvoir s’abriter, avoir un plat chaud, de l’eau à boire, la possibilité d’avoir un peu de temps pour respirer, laisser passer le temps. D’habitude, le temps sait bien comment s’y prendre. Mais l’humanitaire  fait peur aussi. Rien qu’à l’entendre, cela provoque des frissonnements sans pareil. Souvent, derrière cet élan d’humanisme manifesté par des actes ponctuels, se cache une grande tendance à la corruption, une envie de faire fortune au détriment des victimes.

 

Nous en faisons l’expérience depuis des décennies et l’échec constaté est cuisant. Il a fallu le tremblement de terre du 12 janvier 2010 pour donner la preuve flagrante que l’aide extérieure ne pourra nullement nous sortir de ce triste chaos. Des promesses fallacieuses ont été faites, des millions ont été mal dépensés, une bonne partie aussi détourné, les soi-disant experts internationaux n’ont pas su quelle méthode appropriée appliquer à notre situation, certaines ONG en ont profité pour faire leurs débuts. Et tout ça s’est soldé par une catastrophe. Haïti est devenu un «  cimetière de projet » selon l’expression de Ricardo Seitenfus Plus de 6 ans après, les changements espérés ne se montrent pas, et ne se montreront peut être jamais. Nous avons cessé de nous bercer d’illusions.

Avec le passage de l’ouragan Matthew, l’humanitaire en Haïti refait surface. L’ouragan a laissé derrière lui un bilan très lourd. J’ai été pris au dépourvu en m’informant sur les divers impacts qu’il y a eu, comme après le tremblement de terre cloîtré dans mon réel, j’ai minimisé ce cri de la nature. Selon moi, ce n’était pas grave. Demain le cours normal des choses reprendrait. Mais, encore une fois ma perception des choses a été fausse. Matthew, selon les autorités, a fait plus de 388 morts, déplacé plus de 25 000 personnes et endommagé des centaines de maisons. Il a aussi causé une résurgence des cas de choléra. Ne parlons pas des plantations et des bétails des habitants de trois départements les plus touchés, à savoir les Nippes, le sud et la Grande Anse.

Récupération politique de la catastrophe

En pleine campagne électorale, certains candidats en profitent pour faire de l’aide un instrument politique. C’est ainsi que dans les centres d’hébergements, certains sont venus distribuer de l’eau, des kits alimentaires, des plats chaud. D’autres en font de la propagande avec du matériel disponible, mais surtout avec un certain mépris pour la dignité de ces personnes. On voit tous les photos à travers les réseaux sociaux : comme s’il fallait être candidat à la présidence, au Sénat; ou au je ne sais quoi encore, pour apporter son appui à des concitoyens qui sont en grande nécessité.

A l’extérieur aussi, la diaspora haïtienne et d’autres citoyens étrangers conscients des besoins pressant de ses communautés commencent à se mobiliser pour voir comment aider. Mais, cette fois-ci l’aide apportée doit réellement trouver les personnes touchées par les intempéries. Elle ne doit pas participer à enrichir quelques acteurs étrangers ainsi que nos hommes politiques. Le malheur des victimes ne doit pas faire le bonheur de quelques-uns. Cette assistance ne doit pas nous être mortelle.

Quelques photos temoigant de cette situation:

 

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www.lemonde.fr

 

Une foule qui attend une distribution

www.scoopnest.com

 

Un bateau qui apporte de l'aide

www.voixdunord.com

Publié par Peterson Antenor dans Billets, Societe, 6 commentaires
La mer et moi : un vif paradoxe

La mer et moi : un vif paradoxe

De loin, l’horizon se dessine dans cette confluence bleutée. Mer et ciel se confondent. En s’approchant, on constate le tour perceptif que nous joue la vision avec la complaisance de cette magie naturelle. Au creux de ses abysses, la vie se conserve. Et se perd aussi.

Cette immense étendue d’eau salée qui nous entoure de partout m’a toujours intrigué depuis l’enfance. Je n’ai jamais compris comment elle pouvait être si vaste et salée à la fois. J’ai beau croire à des histoires venues çà et là, différentes les unes des autres, les unes contredisant les autres. Mais tous nourrissant mon imagination.

Je suis né dans une ville côtière, cohabitant avec la mer. Les souvenirs me viennent encore de l’époque où la mer vrombissait au petit matin et aussi chaque après-midi sous l’effet de la cadence naturelle. Depuis quelques années, ce chant naturel s’est estompé sans qu’on sache trop pourquoi. Comme beaucoup de choses d’ailleurs qui ont changé dans cette ville. Jacmel n’est plus la même.

Enfant, se baigner à la mer était notre grand interdit. La plupart des parents haïtiens adoptaient ce point de vue. C’était pour notre protection bien sûr, d’ailleurs eux-mêmes ne savaient pas nager. Je me demande toujours d’où vient cette peur bleue de la mer ? Peut-être, comme disent certains, que c’est à cause de la longue traversée venue de l’île de Gorée ? Qui sait. D’un autre point de vue, c’est peut-être lié à la présence de « mèt agwe », divinité qui règne sur la mer dans la croyance vaudou ?

La mer et moi, nous avons une histoire mitigée : entre bonheur et tristesse, désir et folie, émerveillement et désespoir. Comment oublier ces promenades du bord de mer les après-midis, les mensonges que nous fomentions pour nous réfugier dans les profondeurs des eaux du Wharf touristique de Jacmel, l’accueil ardent des plages lors de nos journées entre amies, les poissons boucanés, la bière, le sexe, etc., les voyages d’été en famille sur les petites embarcations à Belle-Anse pour nos vacances ?

Et un jour, que dis-je, dans le silence de cette nuit du 3 mars 2001, il y a eu ce naufrage. Ma mère et ma sœur s’y trouvaient à bord. Leurs corps entrelacés ont été aperçus flottants, voguant comme une frégate abasourdie. Sans vie. Emportés vers l’horizon. On ne les a plus revus. Et depuis, face à la mer, j’ai cette sensation ambivalente. Parfois, j’ai envie de la maudire avec toutes ses vies donneuses de mort. Pourtant, près d’elle, accompagné du silence et de la caresse d’une brise, je sens leur présence. A chaque fois que les vagues viennent se perdre sur le rivage, c’est comme si je recevais un message de leur part que je devais interpréter. Voilà mon paradoxe.

Publié par Peterson Antenor dans Billets, 23 commentaires
Les réseaux sociaux favorisent-ils la domination de l’automatisme sur la pensée reflexive?

Les réseaux sociaux favorisent-ils la domination de l’automatisme sur la pensée reflexive?

C’est extraordinaire de voir à quel point le monde a évolué en matière de communication. Finit le temps des télégrammes, des messages de bouche à l’oreille, des « kout lanbi » pour faire passer un message à distance. Tout cela, grâce au développement des Technologies de l’Information et de la Communication (TICS). Il est question maintenant d’échanger des messages/photos/mails sur Facebook, Twitter, Whatsapp, etc.

Ces outils ont complètement modifié notre comportement vis-à-vis de l’autre, on a tendance à se sentir plus connecté en vivant ensemble nos quotidiens. C’est de nos jours courant de voir une personne nourrir une relation amoureuse ou amicale avec quelqu’un se trouvant à l’autre bout de monde. En un laps de temps, on peut partager des moments immortalisés par un selfie avec la personne de son choix via le téléphone portable. Les informations aussi circulent à une très grande vitesse, nous n’avons pas besoin d’être accrochés à notre poste de radio ou même attendre la venue du facteur pour nous apporter les journaux ; tout se fait par Internet.

Ces réseaux sociaux influencent nos comportements observables, le téléphone n’est plus cet outil nous permettant de dire Allô au bout du fil, avec les nouveaux gadgets l’accès nous est donné à de nombreux services. D’où, l’une des causes de leur prolifération. Je me permets de poser la question de savoir si leur utilisation ne modifie pas aussi notre processus cognitifs qui tend à traiter les informations que nous assimilons ?

Ralentissement de l’inhibition

L’observation et l’auto-observation des effets dus, au fait que nous conversons constamment sur les réseaux sociaux  m’amène à procéder à des remarques qui sont sujettes à des approfondissements. WhatsApp ou encore Facebook, Snap Chat ; en bref toute la famille favorise le ralentissement voire le blocage de l’inhibition. Ce dernier est un mécanisme cognitif qui, selon Olivier Houdé, sert de relais entre les systèmes heuristique et algorithmique. Ses recherches visent à proposer l’apprentissage de l’inhibition pour éviter les erreurs et les automatismes. Le constat flagrant que j’arrive à faire, c’est la domination de l’automatisme sur la pensée réflexive dans nos échanges sur les réseaux sociaux.

La rapidité et la facilité avec laquelle les messages sont expédiés, la sensation d’être plus proche, la tendance libertaire de mettre à jour des désirs et impulsions enfouis, l’impatiente attente des réponses venant des personnes avec lesquelles nous conversons, le fait d’être confortable derrière son clavier crée l’envie de tout se permettre. Ces éléments font que parfois nous sommes dominés par l’automatisme. Ce qui tend à déranger nos conversations et les rend tachées d’un désintérêt apparent.

L’enjeu

Cet automatisme favorisé par les réseaux sociaux peut avoir des incidences notables dans les rapports et les valeurs qui nous lient, principalement les limites que nous nous établissons. Cependant, celle qui est la plus alarmante c’est le risque de permettre à l’idiotie et l’irrévérence de prendre le dessus dans nos échanges.

L’importance de l’inhibition derrière le clavier

L’inhibition nous permet de passer d’un mode de traitement cognitif marqué par la spontanéité, les impulsions automatiques qui dirigent notre pensée à un mode logique et rationnel. Celle-ci nous élève à la dimension de l’intelligence humaine qui selon le psychologue Houdé, consiste à apprendre à résister, c’est-à-dire à inhiber le système des automatismes pour activer celui de la logique.L’inhibition derrière notre clavier de téléphone nous permettra de converser (chat) tout en conservant la dominance de la logique sur notre discours pour ne pas laisser aux automatismes de prendre le dessus. Aussi, elle facilitera d’être attentif, de communiquer réellement afin d’éviter d’être totalement absent tout en écrivant.

Peterson Anténor

 

Publié par Peterson Antenor dans Chronique Psy-Ambulante, 2 commentaires