Science-ouverte-Justice-cognitive-Rency Inson

Rency Inson appelle les congressistes de la 3e Chaire Anténor Firmin à une noble quête : la justice cognitive

Rency Inson appelle les congressistes de la 3e Chaire Anténor Firmin à une noble quête : la justice cognitive

A l’occasion de la troisième édition du Congrès universitaire baptisé « Chaire Anténor Firmin » organisée par la Faculté de Droit, des Sciences Economiques et de Gestion du Cap-Haitien autour du thème : « Université et Développement durable » les 18, 19 et 20 mai derniers, l’intervention du jeune Rency Inson Michel a attiré mon attention. J’ai jugé intéressant de vous faire part de quelques grands axes.

Cela m’arrive souvent de prendre un peu de recul pour me cloitrer dans un bulbe de spectateur de la longue marche de nos jeunes. Ces instants d’évasion me permettent de m’identifier à certains qui s’investissent pour une quelconque cause, et aussi parfois de m’en distancier des influences d’autres. Voir un jeune embrassé une vision et faire preuve d’une aussi grande ténacité me donne le sentiment de m’accrocher un peu plus, d’attacher mes ceintures car nous passons dans une zone de grande turbulence. Personne ne sait quand est ce que l’on va pouvoir s’en sortir, devrions nous croire en cette génération? Je suis plutôt du genre perplexe, mais cela ne veut pas dire que je ne devrais pas nourrir cette lueur d’espoir que l’on voit dans certains d’entre nous.

Porteur étendard du Réseau des Jeunes Bénévoles du Classique des Sciences sociales, (REJEBECSS), une association qui travaille en étroite collaboration avec les Classiques des Sciences Sociales pour rendre accessible sur internet des ouvrages de chercheurs haitiens aux profits des étudiants et chercheurs du monde, Rency a articulé ses réflexions autour de ce sujet : la justice cognitive, un concept essentiel pour théoriser le développement local d’Haïti. D’entrée de jeu, il a formulé une hypothèse de départ comme quoi « les chercheurs, étudiants, professeurs haïtiens confrontent à des difficultés qui les empêchent de déployer le plein potentiel de leurs talents intellectuels, de leurs savoirs, de leurs capacités de recherche scientifique pour les mettre au service du développement local de leur pays ». La SOHA[1] interprètent ces difficultés comme des injustices cognitives. Par injustice cognitive, l’intervenant se réfère par cette fracture qu’il y a entre les détenteurs des savoirs, entre les savoirs, entre les universités…

L’étudiant finissant en sociologie a dénombré cinq de ces injustices :

  1. Absence d’infrastructures et de politiques de recherche en Haïti (Il a fait le plaidoyer pour une politique Nationale de Recherche scientifique en Haïti)

 

  1. Faible littératie numérique (la littératie numérique désigne la capacité d’exploiter de manière optimale les possibilités d’un ordinateur et du web. Rency reprend l’idée de Guy Rocher selon laquelle, une université qui reste myope devant les brassages qui s’opèrent devant elle vit dans une Toure d’ivoire qui risque de s’écrouler sous ses pieds. Aussi, considérant que nous vivons l’ère de la révolution numérique, il invite à former nos universitaires à l’aune du numérique).

 

 

  1. Mépris des savoirs locaux ou de tout autre savoir qui se produit en dehors du cadre normatif de la science conventionnelle. (il plaide pour leur valorisation, leur diffusion et leur application)

 

  1. L’aliénation épistémique est profonde (il plaide pour l’instauration d’une épistémologie adaptée au contexte local)

 

 

  1. La Pédagogie de l’humiliation (la souffrance née des pratiques de la pédagogie de l’humiliation est grande et contibuer à bloquer le potentiel des jeunes étudiants du pays)

En gros, son exposé est un appel à une noble quête : la justice cognitive[2]. Un concept proposé en 2009 par Shiv Visvanathan et qui désigne la reconnaissance active de la pluralité des savoirs en science. Il se fonde sur :

  • la valorisation des savoirs locaux (la décolonisation épistémologique)
  • le libre accès numérique aux savoirs scientifiques et non-scientifiques
  • la prise en compte des savoirs des femmes, des jeunes et des groupes marginalisés
  • l’empowerment des chercheurs et chercheuses du Sud et de leurs savoirs
  • la prise en compte des préoccupations locales dans la recherche universitaire
  • la critique du positivisme hégémonique et de l’économie du savoir

 

[1] La SOHA (Science ouverte Haïti Afrique) est un projet de recherche qui a duré deux ans dont est issu Rency et d’autres jeunes Haïtiens et Africains, il s’est transformé maintenant en APSOHA (Association pour la Promotion de la Science Ouverte en Haïti et en Afrique Francophone.)

 

 

 

La salle de l’auditorium

La table des panélistes

 

Rency lors de son intervention

Publié par Peterson Antenor dans Billets, 1 commentaire