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« Black November » ou les enjeux de l’exploitation des mines dans un pays convoité

« Black November » ou les enjeux de l’exploitation des mines dans un pays convoité

Les larmes ne pouvaient s’estomper sous l’impulsion de ces images, ces lamentions et ces sanglots qui sont la toile de fond de ce film. Cette zone sensible que j’arrive souvent à ne pas mettre au jour a été âprement envahie. Un sentiment révoltant m’emparait sur le coup, je fus choqué. Pris dans le piège du scenario, les souvenirs de 12 years of a slave de Steven McQueen me venait à l’esprit, un des films qui provoque en moi un effet similaire. Tant de douleurs ressenties, de haines exprimées, de sangs coulés, bref tant de méchanceté, nous mettent face à des réalités consternantes. Ben je sais effectivement que c’est du CINEMA, mais cet art a cette façon typique d’organiser son langage pour nous captiver. Il nous met face à nous même tel un miroir social. L’histoire de Black November a pour moi une portée apocalyptique et de mise en garde pour la société haïtienne.

Que raconte ce film

Black November est une fiction basée sur un évènement réel, en novembre 1995 Ken Saro- Wiwa a été exécuté par pendaison pour son implication dans le MOSOP (Mouvement pour la survie du peuple Ogonie) un groupe qui luttait contre les abus commis par certaines compagnies sur les terres du peuple Ogoni. Dans cette histoire, la compagnie Shell a fait l’objet d’une plainte pour complicité qui s’est conclue avec le versement d’une somme de 15.5 millions de dollars. Le film est titré « Black November » en mémoire de cet évènement survenu en ce triste mois de nombre 1995.

Réalisé et produit par Jeta Amata, ce film met en vedette Mbong Amata dans le rôle de Ebiere Perema la militante qui défendait sa communauté ravagée par un gouvernement corrompu pour sauver les terres d’une destruction par des forages et des déversements de pétroles excessifs dans le Niger. Elle a été arrêtée puis condamnée à être pendue. En quête de justice, une organisation rebelle rentre aux Etats-Unis et kidnappe un baron du pétrole et exige que sa compagnie cesse l’exécution. En manipulant les medias, le Département d’Etat américain feint la libération Ebiere Perema alors qu’elle a été exécutée comme prévue. Dans ce long métrage de l’industrie du cinéma Nollywoodienne d’un grand pactole on aperçoit la présence des stars tels que : Akon, Wyclef Jean et les acteurs vedette Sarah Wayne, Kim Basinger, Mickey Rourke etc.

 

Une fuite dans les tuyaux qui provoquent l’envahissement du pétrole sur les terres cultivables

 

Ingérence et manœuvres corruptibles des compagnies

L’Etat Haïtien n’a pas la capacité technique, humaine et économique pour procéder à l’extraction de nos ressources minières, nous serons obligés de dealer avec les magnats de l’industrie minière , il y en a qui ont déjà injecté une grande quantité d’argent dans des forages. Même si l’on parvient à cacher les principaux rapports des études de prospection géophysique faites depuis la moitié du XXe siècle, il est un fait avéré qu’une bonne partie de la population soit au courant du fait que le fait que nos sous-sol regorgent de ressources naturelles. Il existe toute une machinerie mise en place pour détourner l’attention sur cette question, malgré le grand heurt crée par un groupe de sénateur de la 49eme législature pour faire obstacle aux désirs fervents du gouvernement Lamothe et de certaines entreprises pour modifier la législation sur les mines. Malheureusement on n’a pas constaté une agitation de cette question auprès de la population, elle est restée dans cet état léthargique dans lequel elle se plait si bien on dirait.

La plupart de ces puissantes compagnies sont prêtes à tout pour maximiser leurs profits, n’oublions pas qu’on parle d’un secteur qui génère des sommes d’argent importante, ils n’auront aucun gène à profiter de la faiblesse de nos institutions et de la cupidité de nos représentants comme nous le démontrent les scènes de ce film. Les mouvements civils seront étouffés par l’injection de beaucoup d’argents, les forces armées et policières commettront les pires des exactions sur la population. N’en parlons pas des conséquences écologiques, l’exploitation des mines n’est pas sans effet sur l’environnement et la santé des populations aux environs des sites, elle vient avec son caravane de malheur : pollutions des eaux, drainage d’acide, perte de la biodiversité, malformation génitale, infection cutanée etc.

Haïti est-il prêt pour l’exploitation ?

Ainsi formulée, cette question peut générer énormément de désaccord, certains vous diront quand est ce que Haïti va être prêt ? Ou d’autres argueront que si l’on se préoccupe à attendre d’être prêt, absolument rien ne se fera dans cet espace chaotique. Là-dessus, c’est tout un débat. Haïti n’a pas une très bonne expérience avec l’exploitation dans le passé, nous n’avons pas encore de grands chantiers d’exploitation mais des informations révèlent que dans certaines zones, des extractions se pratiquent d’une manière qui frôle le clandestin. Les ressources du pays ne doivent plus contribuer à enrichir illicitement des entreprises et des rapaces pendant que la majorité de la population sont en agonie. Sans des institutions fortes, des hommes responsables, l’exploitation sera un gâchis total. Elle ne fera qu’alimenter les conflits et renforcer les inégalités sociales. L’exploitation doit être dirigée par une éthique environnementale centrée sur la nature prenant compte les limites des ressources disponibles, les générations futures et l’impact sur la biodiversité.

Une prise sur l’exploitation de l’or en Haiti.
newsjunkiepost.com

Publié par Peterson Antenor dans Societe, 0 commentaire
Haïti encore plongé dans l’aide l’humanitaire

L’humanitaire, un concept en temps de crise qui procure de l’espoir, celui de pouvoir s’abriter, avoir un plat chaud, de l’eau à boire, la possibilité d’avoir un peu de temps pour respirer, laisser passer le temps. D’habitude, le temps sait bien comment s’y prendre. Mais l’humanitaire  fait peur aussi. Rien qu’à l’entendre, cela provoque des frissonnements sans pareil. Souvent, derrière cet élan d’humanisme manifesté par des actes ponctuels, se cache une grande tendance à la corruption, une envie de faire fortune au détriment des victimes.

 

Nous en faisons l’expérience depuis des décennies et l’échec constaté est cuisant. Il a fallu le tremblement de terre du 12 janvier 2010 pour donner la preuve flagrante que l’aide extérieure ne pourra nullement nous sortir de ce triste chaos. Des promesses fallacieuses ont été faites, des millions ont été mal dépensés, une bonne partie aussi détourné, les soi-disant experts internationaux n’ont pas su quelle méthode appropriée appliquer à notre situation, certaines ONG en ont profité pour faire leurs débuts. Et tout ça s’est soldé par une catastrophe. Haïti est devenu un «  cimetière de projet » selon l’expression de Ricardo Seitenfus Plus de 6 ans après, les changements espérés ne se montrent pas, et ne se montreront peut être jamais. Nous avons cessé de nous bercer d’illusions.

Avec le passage de l’ouragan Matthew, l’humanitaire en Haïti refait surface. L’ouragan a laissé derrière lui un bilan très lourd. J’ai été pris au dépourvu en m’informant sur les divers impacts qu’il y a eu, comme après le tremblement de terre cloîtré dans mon réel, j’ai minimisé ce cri de la nature. Selon moi, ce n’était pas grave. Demain le cours normal des choses reprendrait. Mais, encore une fois ma perception des choses a été fausse. Matthew, selon les autorités, a fait plus de 388 morts, déplacé plus de 25 000 personnes et endommagé des centaines de maisons. Il a aussi causé une résurgence des cas de choléra. Ne parlons pas des plantations et des bétails des habitants de trois départements les plus touchés, à savoir les Nippes, le sud et la Grande Anse.

Récupération politique de la catastrophe

En pleine campagne électorale, certains candidats en profitent pour faire de l’aide un instrument politique. C’est ainsi que dans les centres d’hébergements, certains sont venus distribuer de l’eau, des kits alimentaires, des plats chaud. D’autres en font de la propagande avec du matériel disponible, mais surtout avec un certain mépris pour la dignité de ces personnes. On voit tous les photos à travers les réseaux sociaux : comme s’il fallait être candidat à la présidence, au Sénat; ou au je ne sais quoi encore, pour apporter son appui à des concitoyens qui sont en grande nécessité.

A l’extérieur aussi, la diaspora haïtienne et d’autres citoyens étrangers conscients des besoins pressant de ses communautés commencent à se mobiliser pour voir comment aider. Mais, cette fois-ci l’aide apportée doit réellement trouver les personnes touchées par les intempéries. Elle ne doit pas participer à enrichir quelques acteurs étrangers ainsi que nos hommes politiques. Le malheur des victimes ne doit pas faire le bonheur de quelques-uns. Cette assistance ne doit pas nous être mortelle.

Quelques photos temoigant de cette situation:

 

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www.lemonde.fr

 

Une foule qui attend une distribution

www.scoopnest.com

 

Un bateau qui apporte de l'aide

www.voixdunord.com

Publié par Peterson Antenor dans Billets, Societe, 6 commentaires
Haïti : sortir du discours spécialisant

Haïti : sortir du discours spécialisant

Haïti : sortir du discours spécialisant

Une lecture qui donne une lecture contraire à  l’article de l’économiste Etzer S. Emile.

 

Nombre d’entre nous, pour caractériser la situation que nous vivons, peut-être par pure ignorance ou déficit d’argument, ou plutôt pris dans le flot du discours facile, qualifient Haïti de « pays spécial ». Je fais face à cette catégorisation maussade partout où je me trouve, dans mon quartier en échangeant avec les amis, à l’université, dans les rues, sur les médias sociaux, partout. J’ai même lu un article de l’économiste Etzer Emile, publié le 14 Septembre dans les annales du quotidien le National, qui fait de ce « discours spécialisant » notre trait distinctif. J’en fait une toute autre lecture.

Ce qui se trame en Haïti a l’air d’abasourdir tout le monde. Le désarroi s’amplifie dans les cœurs au point de voir ses tentacules sur nos visages, dans la manifestation de nos comportements et dans nos discours également. La société entière est en pleine hypnose, la conscience collective semble altérée depuis je ne sais quand déjà. Et on est là, on vit, on rit, on danse et… on périt.

Absolument tout dans ce pays va mal. Nous sommes en pleine crise post-électorale où le gouvernement en place a mis en branle la machine électorale pour espérer reprendre les rails de la légalité le 9 octobre prochain. Une autre élection va prendre place dans notre annal historique. Aura-t-elle les mêmes caractéristiques que les élections que nous organisons depuis des décennies ? Je me dois d’être patient, mais l’avenir, me paraît-il, ne présage rien de bon, tenant compte des vagues de violences déjà orchestrées dans cette période de campagne et le désintérêt de la population à y prendre part.

La hausse continuelle des prix et la dépréciation de notre monnaie donnent quelques indices de la situation qui touche plus de quatre millions de compatriotes qui vivent dans l’extrême pauvreté. Et, comme si tout ce que nous vivons n’était pas assez, nous devons nous préparer à accueillir, dans les prochaines semaines, les centaines d’Haïtiens que le gouvernement de Barack Obama va déporter (New Haitian migration route takes treacherous 7,000 route to U.S. …). Malgré cette situation d’une grande précarité, notre finance bancale supporte des parlementaires qui ne travaillent pas, pour bénéficier des privilèges pompeux que leur offrent les différentes taxes de la population. La majorité d’entre eux ne respectent pas les devoirs de leurs fonctions et ont tendance à faire des actes que nous pourrions qualifier d’abjects pour bénéficier d’un peu plus d’avantages.

Arguer que Haïti est un « pays spécial », c’est participer à renforcer l’isolement que nous subissons depuis notre indépendance. Après la raclée du XIX siècle donnée à l’armée esclavagiste, nous avons été exclus, car nous étions, pour eux, une menace, un défi. Endosser ce discours, c’est aussi appuyer les mesures dites « spéciales » que la communauté internationale applique à nos élections. Rappelons-nous, en 2006, de l’épisode des fameux votes blancs qui ont été comptabilisés. Ce « discours spécialisant » peut bien être à la base de la défaite cuisante de cette « communauté ». Ne sachant pas toujours comment s’y prendre avec nous, elle discute, propose et ratifie avec notre nation comme un pays à part. Ce discours ne tend pas seulement à influencer nos rapports avec l’international, mais aussi ceux que nous entretenons entre Haïtiens. Si nous nous montrons en accord avec le fait que nous sommes spéciaux, cela induit une acceptation de notre situation, c’est exactement ce qui se passe actuellement.

Il y a de ces formes d’expressions, de ces manières de se représenter les faits, des tendances, des mouvances ou des expériences que nous vivons auxquels il nous faut prêter une attention particulière avant de les endosser ou de vulgariser. Les mots ont cet effet si puissant qu’après les avoir prononcé, ils ne nous appartiennent plus.

Nous vivons au temps de la dictature de la parole, partout la parole s’impose comme source de vérité absolue. Les médias de masse, les réseaux sociaux, nos rapports quotidiens sont dominés par l’imposition de la parole. Paroles superflues allant jusqu’à la supercherie, paroles à effet catalyseurs révélatrices de bonheur, paroles insolentes aux effets destructrices. Paroles, paroles, paroles.

Ce discours ne nous aidera en rien à sortir du bourbier où nous sommes. Au contraire, cela renforce le statu quo. Notre psychologie collective est déjà parsemée de ce genre de discours très peu incitatif (depi nan ginen nèg pa konn vle wè nèg), qui nous condamnent dans cette forme de résignation maladive (Pito m lèd m la), qui ébranle notre identité et nous présente comme inférieurs (lèd tankou afriken).

Notre asthénie collective est due à cela. Personne n’ose lever le petit doigt, comme nous sommes soi-disant spéciaux nous restons avec notre « spécificité » à attendre la venue d’experts étrangers pour nous aider.

Nous devons faire une rupture avec ce genre de discours, cela nous permettra d’aller plus au fond de notre raisonnement. Haïti n’a rien d’un pays spécial, je ne crois pas qu’il en existe un d’ailleurs. Comme je l’ai déjà mentionné dans un de mes précédents billets, nous sommes juste une jeune nation en quête de perspective qui a essayé et essaye encore, malgré vents et marées, de se frayer un chemin pour assurer sa place dans l’histoire de l’humanité.

Publié par Peterson Antenor dans Societe, 2 commentaires