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Haïti : Les malades mentaux pris en dérision

Haïti : Les malades mentaux pris en dérision

L’homme est un être complexe et à la fois unique. Esprit et corps. C’est sous ce dualisme que consiste l’appréhension de l’être. Cette dialectique est à la base de notre comportement et donc détermine notre vie dans le milieu social. Lorsque le fonctionnement de l’un ou l’autre prend le dessus, est-il possible de perdre notre état d’homme ? Que peut-on faire pour préserver, récupérer, réhabiliter l’homme en situation de le perdre ?

Il est accablant, vraiment c’est le mot, de constater la manière dont beaucoup d’entre nous méprise des familles, amis ou encore des gens que l’on a connu, qui à un moment de leur vécu n’ont pas su par quel processus sortir d’un traumatisme ; n‘ont pas eu le support nécessaire pour passer outre d’une période marquée par de grande tension psychologique. Notre vie en est jonchée, donc nous sommes tous à risque ! Nous risquons tous un jour vivre une crise d’angoisse, une situation anxieuse persistante, une bouffée délirante, un état de stress post-traumatique et un tas d’autres états pathologiques que le rapport avec soi et à l’autre produit dans la société.

Notre Haïti d’aujourd’hui stigmatise, discrimine ceux que l’on appelle couramment et ignoblement les «  fous », ils ne sont pas pris en charge considérablement ; ce qui explique le fait qu’ils ne se récupèrent presque jamais. Il existe seulement deux centres psychiatriques publics très mal équipés pour tout le pays et environ huit cliniques privés. La majorité d’entre eux se trouvent dans le département de l’ouest. Les personnes dont les causes de leur pathologie sont attribuées à des maléfices d’un « sorcier », et que par maintes tentatives de traitement chez le  houngan  n’ont pas pu se récupérer ; ceux, par faute de moyens économiques d’informations ou encore de structures d’accueil ne peuvent pas pratiquer un internement sont retrouvées gambadant à travers les rues dans un piteux état. Habillés souvent d’haillons, les cheveux décoiffés, le regard complètement vidé, certaines fois à moitié nus. En bref, en situation de sous-homme.

Voilà comment on rencontre souvent ces gens qui sont doublement victimes d’une société qui, à fois produit les mécanismes de troubles par sa structure même et d’un autre coté ne fait rien comme acte thérapeutique de sorte que ces gens-là puisse fonctionner normalement. L’ethnopsychiatre Georges Devereux l’a si bien illustré en avançant que le pathologique est culturel.

Sur ce point, et sur bien d’autres encore, notre société est tellement deshumanisante – suicidaire même – qu’elle provoque l’aggravement de leur pathologie mentale. On a l’habitude d’entendre dire qu’à Jacmel par exemple, si vous avez quelqu’un qui est en plein crise psychologique, vous devriez l’enchaîner pour qu’il ne sorte pas dans la rue ; sinon vous allez le perdre. Cette allégation trouve tout son sens, dans le comportement moqueur et antipathique de certains dans la ville à l’égard des malades mentaux. Quelques minutes passées en compagnie d’eux sont prises comme une parodie, une ambiance de moquerie collective, un moment pour rire à gorge déployé des contenus de leurs hallucinations et de crises délirantes, de l’incohérence qui émane de leur discours, ou encore de leur fuite de la réalité, de leur mégalomanie. Certains ont tendance parfois à leur donner de l’argent pour stimuler leur engouement ou pour s’offrir leur petit service.

Pourtant ces personnes-là sont des humains qui méritent le soutien de tous, allant des parents aux autorités concernées. C’est sinistre de voir à quel point l’humanité est périssable avant même la mort. La psychologie peut bien aider à cet effet. Une psychologie qui tient compte des croyances culturelles de la population, c’est l’enjeu déterminant d’une cure chez nous, la culture. Pour les aider à se réhabiliter, Il nous faut la mobilisation de tout un arsenal de professionnels impliquant psychologues, psychiatres, travailleurs sociaux etc. Ce qui produira un changement de comportement de toute la société vis-à-vis des malades mentaux.

Peterson Anténor

Publié par Peterson Antenor dans Chronique Psy-Ambulante, 6 commentaires
Haïti : nos enfants, notre avenir

Haïti : nos enfants, notre avenir

Etre enfant en Haïti, c’est comme se trouver au fond d’un précipice et crier en vain à l’aide au moindre bruit. Le bon samaritain prend du temps pour apporter secours. Telle est ma façon caricaturale de présenter la situation des millions d’enfants Haïtiens. Ils ne sont pas épargnés de la pauvreté absolue dans laquelle patauge 78% de la population haïtienne. Estimé à environ 4.211.000 (selon un rapport de l’UNICEF) soit 44% de la population, les enfants font face à des problèmes tels que : la prostitution, la précarité, le phénomène d’enfant de rue, le trafic d’enfant vers les pays étrangers (notamment la république voisine), bref le non-respect strict de leurs droits fondamentaux. Il est urgent de trouver des solutions.

Malgré l’effort consenti, les divers organismes concernés (étatiques et non-gouvernementaux) n’arrivent pas toujours à mettre en œuvre les stratégies nécessaires pour améliorer la condition de vie de ces enfants qui vivent dans la pauvreté absolue (4 enfants sur 10). Pallier aux problèmes d’accès aux soins de santé, de logement, d’accès à l’eau potable etc. Selon le dernier rapport de l’UNICEF environ 380.000 enfants âgés de 6-11 ans ne fréquentent pas l’école, et 38% des enfants âgés de 7 à 18 ans n’ont jamais été à l’école. Ces données illustrent l’état d’urgence dans lequel est l’Etat haïtien, et pour éviter que cela n’empire il faut que l’Etat et ses différents partenaires décrètent l’état d’urgence.

Quant est ce que l’on est enfant et quelle est la conception haïtienne de l’enfance ? La convention relative aux droits de l’enfant stipule dans son article premier « un enfant s’entend de tout être humain âgé de moins de dix-huit ans, sauf si la majorité est atteinte plutôt en vertu de la législation qui lui est applicable ». Dans cet ordre d’idée, l’enfant est vu comme un être vulnérable qui a besoin d’une protection particulière et donc, de droits particuliers propre à lui. Mais la conception haïtienne de l’enfant est contraire aux principes élaborés dans cette convention dont Haïti est pourtant l’un des Etats parties. Nous ne sommes pas encore imprégnés du « sentiment de l’enfance ». A travers nos pratiques et nos représentations, l’enfant est vu comme le fruit d’un investissement à long terme, une sorte de béquille quand les parents ne peuvent plus se prendre en charge « timoun se byen malerèz ». Ou plutôt comme étant un animal « timoun se ti bèt », c’est-à-dire qu’ils ne détiennent pas la capacité de raisonner par eux mêmes pour prendre conscience de leurs actes et pour participer aux décisions qui les concerne. Le titre ‘’Nos enfants, notre avenir’’ est un clin d’oeil à l’assertion de Freud « l’enfant est le père de l’homme ». Autrement dit, les enfants d’aujourd’hui sont les hommes de demain, donc il faut réellement prendre en compte leur développement psychosocial pour qu’ils développent leur pleine potentialité.
Je vais faire en sorte tout au long de ce texte de proposer des idées qui pourraient déboucher sur des pistes de solution à la situation des enfants en Haïti.

Vers le renforcement de la capacité des institutions et services de protection de l’enfant

L’organisme responsable des politiques publiques de l’Etat en matière de protection de l’enfant, l’Institution du Bien Etre Social et de Recherche (IBESR), n’a pas les moyens nécessaires pour prendre en charge cette catégorie sociale. A en croire les responsables, moins de 10% du budget de la république est alloué à l’enfance, ce qui s’avère être très peu compte tenu du nombre d’interventions que leur situation requiert. L‘IBESR doit absolument élargir son domaine d’intervention afin de jouer pleinement son rôle de garant des droits de l’enfant.

Ainsi, il pourrait par exemple agir pour réguler les orphelinats qui pullulent dans le pays et veiller à ce que les adoptions soient effectuées en respectant le processus adéquat en matière juridique. La promotion des droits de l’enfant doit s’étendre sur tout le territoire, et pour ce faire l’institut doit avoir les moyens nécessaires. Etant donné que « la justice sans la force est impuissante », cette démarche s’inscrirait d’un commun accord avec la Brigade pour la Protection des Mineurs (BPM). Mais pour se faire, ce corps spécialisé de la police nationale doit se renforcer (en effectif et aussi en matériel).

Changer la condition de vie des familles

La famille c’est l’espace idéal qui favorise le bien-être et le développement de l’enfant, c’est son lieu d’épanouissement naturel, c’est pourquoi la convention relative aux droits de l’enfant exige qu’aucun enfant ne soit séparé de ses parents (sauf en cas de décision des autorités judiciaires). Comment parler de bien être si les familles souffrent de chômage longue durée ? Comment penser au développement intégral de l’enfant si 53% des ménages sont déchirés et dirigés par des femmes seules dans l’ensemble du pays ? La pauvreté, l’absence d’initiative des autorités sont les facteurs déterminant du déchirement du lien familial. Livrés à elles mêmes, certaines familles, notamment les nombreuses familles monoparentales, se trouvent dans l’incapacité de subvenir aux besoins de leurs enfants. Une des conséquences évidentes : elles perdent l’autorité qu’elles devraient exercer sur eux. Le chômage de longue durée détruit les liens humains et familiaux, il faut donc que l’Etat haïtien crée plus d’emplois à travers des investissements publics, privés et étrangers, cela doit être sa priorité absolue. Ensuite l’Etat devrait mettre en œuvre la construction de logements sociaux adéquats. Aussi, des campagnes pour la promotion de la famille et la préservation des valeurs familiales s’avèrent nécessaires pour le plein épanouissement des enfants.

L’éducation gratuite et obligatoire, une réalité

L’enfant, pour mieux s’imprégner des valeurs de la société, a besoin d’être éduqué, un processus qui commence dès son premier cercle de socialisation qui est la famille. Après, en devenant plus apte à l’apprentissage et à la reflexion, c’est le chemin de l’école qu’il empruntera. La Constitution haïtienne, dans les articles 32-1 32-3, déclare que l’éducation primaire est gratuite et obligatoire. Il est en temps d’en faire une réalité. Tout d’abord, il est nécessaire de construire plus d’infrastructures scolaires à travers le pays, ensuite il faut participer à la formation des maîtres. Une politique efficace en matière d’éducation ne doit pas se résumer à construire des locaux éparses sans réelle structure organisée ni cadres formés et donc compétents. La construction des écoles doit être pensée en fonction des différentes zones géographiques du pays afin de réduire les inégalités, il est nécessaire de réduire le fossé entre le nombre d’enfants non scolarisés dans les communautés rurales et les enfants scolarisés dans les villes grâce à la proximité et donc à l’accès aux écoles.

Lutter contre le trafic d’enfant, la domesticité et la prostitution de l’enfant

L’enfant haïtien ne se heurte pas seulement à une vie précaire, aux incessants problèmes familiaux et à la défaillance de notre système éducatif. Les enfants sont aussi confrontés au trafic d’enfant, à la domesticité et à la prostitution. Face à cet état d’alerte, il nous faut mettre la force publique en mouvement. L’assemblée nationale a un rôle déterminant à jouer pour la ratification des différents traités et conventions en faveur des enfants. Il en reste quelques-uns dans les tiroirs…  La justice et les forces de l’ordre doivent s’occuper du contrôle de nos frontières pour empêcher le trafic d’enfant. Des brigades ou patrouilles policières doivent surveiller les boîtes de nuit et les coins de rues réputés pour la prolifération de la prostitution enfantine.

En somme, procéder à l’amélioration des conditions de vie des enfants en Haïti demande de formuler des stratégies conjointes entre L’Etat et divers autres secteurs. Les enfants méritent d’être au centre du débat autour de la construction de cette nouvelle société. Les connaissances sur leur développement doivent être vulgarisées et diffusées avec des campagnes de sensibilisation qui prendraient en compte plusieurs axes, particulièrement celui du planning familial. En effet, pour qu’un enfant soit accueilli dans les meilleures conditions pour son futur développement, les couples doivent instaurer un nouveau comportement : avoir un enfant devrait être un acte réfléchi et planifié.

Peterson Anténor

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Explique-moi les élections

Explique-moi les élections

Cher correspondant, bonjour,

D’habitude c’est avec beaucoup d’empressements que je me jette sur mon stylo et du papier pour te répondre. Mais, cette fois-ci, il m’a fallu du temps. Je devais en prendre avant d’aborder ce sujet. Loin du fait que je sois parmi ceux qui donnent leur langue au chat quand il s’agit de se prononcer sur les questions portant sur la corruption, des crimes politiques ou bien des élections dans ce cas précis.

Juste avant d’aborder quelques éléments en termes d’explication de l’interrogation avec laquelle tu as conclu ta dernière lettre. Laisse-moi t’avouer que je n’ai jamais saisi la logique des élections ici en Haïti ; à chaque fois c’est la même histoire qui se répète. Il est vrai que je suis très jeune, mais j’ai suivi de près trois d’entre elles. Normalement dans un régime démocratique des élections libres et honnêtes sont nécessaires pour renouveler le personnel politique, cela renforce les institutions démocratiques. Ici, j’ai rien vu de renforcement moi. Au contraire, après chaque élection, de nouvelles crises viennent s’ajouter à notre lot de malheur pour compliquer encore plus notre situation de vie.

Tu sais, la souveraineté de notre peuple est toujours bafouée à travers ses élections, les trois quart du budget dépend de l’aide international qui passe par certaines ONG. Pour les dernières élections, c’est le PNUD qui eut à gérer le magot. Pour un petit pays comme le nôtre, l’organisation des élections est trop coûteuse par rapport à d’autres pays plus avancé économiquement. Je fais référence notamment aux élections du Brésil en 2010 dont le coût du vote valide était de 2,20 dollars US tandis que en Haïti, le coût de chaque vote valide était 20 fois plus supérieur au brésilien ; de l’ordre de 44,00 dollars US. Nous subissons le poids de cette dépendance économique dans le rôle que nous jouons dans la planification et même tout le long du déroulement du processus électoral. Lors de ces fameuses élections de 2010, nous avons eu des responsabilités qu’au niveau logistique. Généralement, celui qui finance tend toujours à commander, mais il ne faut jamais sous-estimer le people; c’est la force vive d’une nation. C’est en effet ce qui s’est passé lors de la tenue du deuxième tour des élections du 25 octobre 2015 fortement contestée. Malgré le comportement du CEP et du gouvernement en place une foule en liesse à fouler le macadam pour les forcer à faire retrait jusqu’à amener à la transition.

Ne sois pas surpris, je t’avais déjà parlé du caractère complexe des élections ici. Beaucoup de pays pauvres confrontent cette situation. Le tien a une belle longueur d’avance, c’est fabuleux pour vous. Mais vos gouvernements doivent nous laisser gravir certains étapes, notre démocratie a besoin d’être intégrée par nous tous. A cause de tout ce que vit Haïti, pour beaucoup, c’est un pays spécial. Je ne partage pas cet avis qui tend à nous isoler encore plus. Nous n’avons rien de spécial, j’admets que nous sommes en retard sur bien des points, nous sommes juste une jeune nation en quête de perspective qui a essayé et essaie malgré vents et marrée de se frayer un chemin pour assurer sa place dans l’histoire de l’humanité. L’éducation civique est un enjeu fondamental, à chaque élection c’est seulement une infirme partie de la population qui décide d’aller voter. Ce qui fait que le taux de participation varie par rapport au contexte, en 2006 il a été de 62%, 23 % en 2010 et en 2015 cela a baissé jusqu’à 18 %. Parfois, je me demande si normalement on peut parler de démocratie, de suffrage universel alors que la majorité de la population se trouve dans l’indifférence excessive en ce qui a trait à l’organisation politique de la société. Nos difficultés sont globales, nos moyens sont très peu mais il y a beaucoup de potentiel.

Après la journée du vote, ce n’est pas encore la fin de cette représentation scénique souvent dramatique. Les tirs d’armes à feu, l’incendie de bureau de vote, le bourrage d’urne sont quelques composantes de ce spectacle. Vient s’ajouter la publication des élections. Elles sont toujours contestées, la date prévue n’est jamais respectées. Les résultats font toujours l’objet de fraudes et de sérieuses irrégularités orchestrés par le gouvernement en place avec l’aide de la communauté internationale.

Je ne prétends pas épuiser ta question dans cette missive, j’ai juste abordé les aspects pertinents qui caractérisent la tenue des élections ici.

A bientôt !

Peterson Antenor

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Un jeune haïtien distingué lors de la 13e Simulation de l’OMC  à HEC Montréal

Un jeune haïtien distingué lors de la 13e Simulation de l’OMC à HEC Montréal

 Credit Photo : Ophélie Chambily Lors de la remise officielle du prix coup de coeur

Credit Photo : Ophélie Chambily
Lors de la remise officielle » du prix coup de Coeur »

Après Kenley TALMER ( 2015), c’est au tour de Steven LOUIS de recevoir le « prix coup de cœur » pour sa qualité oratoire et pour son respect au Décorum . Cet événement international s’est tenu à Montréal du 17 au mars 2016 .
Le jeune haïtien, Steeven LOUIS, 24 ans à peine, a séjourné à Montréal (Québec, Canada) où il a représenté valablement son pays, dans la 13e Simulation annuelle de l’Organisation Mondiale du Commerce tenue du 17 au 20 mars 2016.

Cet événement de l’OMC est une compétition universitaire internationale, organisée par la Société des Relations d’Affaires HEC Montréal. Cette année, la 13ème édition de la simulation s’est déroulée au Club Saint-James à Montréal. La simulation réunit près de 100 participants chaque année venant d’universités québécoises (ESG UQAM, HEC Montréal, Université de Montréal, etc.) et étrangères (Sciences Po Paris, Université de Lausanne, Université Saint-Joseph de Beyrouth, etc.). Il s’agit de la plus importante simulation francophone de l’OMC à ce jour.

C’est Cuba que le diplômé en Sciences Politiques de l’Institut Haïtien de Formation Politique a choisi de défendre à la simulation en raison du fait qu’Haïti a été déjà choisi par deux étudiants français. Lors de la simulation, les participants étaient amenés à débattre sur différents sujets de l’actualité économique, en défendant les intérêts commerciaux du pays, de l’organisation non gouvernementale ou du lobby qu’ils avaient choisi de représenter. Pendant cette édition, les délégations des pays membres de l’OMC ont débattu durant trois jours sur les barrières tarifaires et les accords du Tripps afin de limiter le poids de la crise sanitaire sur les populations.

Au terme de cette rencontre internationale, les meilleurs participants étaient récompensés; la meilleure délégation et le meilleur participant, qui se sont démarqués par leurs arguments et par leur talent d’orateur, s’est vus remettre des prix. En effet, l’étudiant en Psychologie à l’Université d’État d’Haïti, Steeven LOUIS, fait partie des meilleurs orateurs de la 13e édition de la Simulation de l’OMC et a reçu le « Prix Coup de Coeur » de la part du jury de la simulation.

Organisée par la Société de Relations d’Affaires d’HEC Montréal, la Simulation de l’OMC n’est pas seulement une compétition oratoire universitaire, mais c’est aussi l’occasion idéale, pour chaque étudiant participant, de relever un défi, d’élargir son savoir et son réseau professionnel. L’ancien Jeune-Député et Jeune-Ministre de la Culture et de la Communication au Parlement et au Gouvernement Jeunesse d’Haïti, a bien profité pour développer son réseautage.

En marge de cet événement, il a mené aussi une mission de consultation jeunesse à Montréal et à New-York pour l’Organisme Non Gouvernemental des Cercles Nationaux de Réflexion sur la Jeunesse (ONG CNRJ) dont il est membre volontaire et Chargé de Communication de la branche haïtienne. Son passage à Montréal lui a aussi permis d’accompagner la candidate pour la Mairie de Montréal-Nord pour l’équipe de Denis Coderre Christine Black, actuellement élue, pour une journée de porte-à-porte ; il a profité pour connaître la l’organisation et la gestion de campagne électorale à Montréal.

 

Texte : Peterson ANTENOR

Mondoblogueur RFI

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Haiti: Tout un mythe autour de la PSYCHOLOGIE

Haiti: Tout un mythe autour de la PSYCHOLOGIE

Dernièrement, au cours d’une conversation j’ai remarqué un brusque changement d’attitude chez mon interlocuteur après l’avoir mis au courant que j’étudiais la psychologie. Elle me fuyait du regard et tout à coup elle me semblait aborder avec hésitation les sujets qu’on entamait. Je ne comprenais rien au départ. Comme cette modification brisait l’ambiance qui régnait autour de cette tête à tête, je lui en ai fait part de mon impression, afin d’être au courant de ce qui se passait. C’est alors là que je vais prendre connaissance de l’idée qu’elle s’est faite du psychologue à travers la façon dont généralement on les présentait.

Pour beaucoup d’entre nous, surtout ceux que la connaissance en ce domaine tarde à frapper leur intellect, d’un simple regard un PSY peut lire dans nos yeux et savoir tout ce qui se trame dans notre pensée, nos désirs et fantasmes, nos peurs et joies, la façon dont nous nous projetons dans l’avenir… D’autres pensent que cette science étudie la tête des gens et certains voient d’un d’œil stéréotypé les gens qui aillent voir un psychologue (ils disent parfois qu’ils sont fou). Il existe tout un ensemble d’histoire toute faite, mal faite, bourrée d’affabulation et d’ignorance autour de cette question. A quoi sert un Psychologue réellement ?

De nos jours, le psychologue intervient dans un champ immensément grand en même temps complexe; c’est pourquoi il s’inscrit dans une logique interdisciplinaire. Le psychologue selon l’article 3 du code de déontologie a pour mission fondamentale de faire reconnaitre et respecter la personne dans sa dimension psychique. Leurs interventions sont variées. Il peut aider à déterminer et alimenter certaines potentialités pour le développement personnel (Psychologie humaniste). Il peut aider à mettre à jour les conflits intérieurs (désirs inassouvis, phobie, anxiété…) qui nous empêchent de fonctionner dans nos activités. Si vous avez besoin d’avoir une explication sur ce qui est la base de vos changements de comportement dépendamment de l’ambiance social les théories de psychologie sociale peuvent vous être utiles. Vous avez besoin d’un guide, d’un orienteur pour vous diriger tout le long de vos choix d’étude ou de carrière professionnel aller trouver un psychologue en orientation. Votre enfant a des difficultés à l’école, il ne peut pas assimiler les leçons et manque de motivation, là un psychopédagogue fera l’affaire. Vous avez besoin de savoir si les processus synaptiques fonctionnement normalement, ce qui empêche la préservation des traces mnésiques alors là, je peux vous référé a une neuropsychologue.

Je sais qu’il n’existe pas encore en Haïti des professionnels dans quelques domaines que je viens de citer mais je pense que avec l’implication de nos jeunes psychologue cela arrivera dans un avenir très proche.

Peterson Anténor

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Le dernier souhait de ma mere

Le dernier souhait de ma mere

Vous constatez surement l’absence sur mon mur de messages, photos ou tous symboles qui traduisent cette célébration, celle de la fête des mères. Ces êtres donneurs de vie. Je ne sais pas si vous prenez l’habitude de réfléchir rien que pour un instant à ce qu’est la magie de la vie, sinon réservez-vous seulement une minute pour penser à notre point de départ commun ; «  L’état zygotique »

Vous savez pourquoi ? La mienne est décédée, cela fait un sacré un bout de temps. Elle est morte dans un naufrage avec ma petite sœur Stéphane d’à peu près deux ans, Nous ne les avons jamais revus. Quelques rescapés qui étaient à bord me rapportent ces derniers instants et son souhait.

Au moment où tous les passagers ont ressenti que leurs prières et lamentations ne pourrons plus empêcher l’eau de la mer d’envahir l’embarcation. Un des marins a proposé à ma mère de lui donner le bébé afin qu’il puisse le sauver. Avec sang-froid, elle lui a répondit : «  kite m mouri ak sa, m deja gen youn nan men Rose (ma tante). Mwen konnen l ap fè tout sa l kapab pou l ba l lavi. Konsa kite m mouri anpè »

Elle doit bien être fière de moi là où elle se trouve. C’est peut être l’occasion aussi de remercier ma Tante Rose et sa fille Maude, qui ont joué vraiment ce rôle de mère pour moi.

A toute les mères qui malgré l’énorme poids de la vie s’efforcent d’aimer leurs enfants, leur garantir une éducation qui leur permettra de vivre en harmonie avec soi et les autres. Je leur souhaite du courage, vraiment beaucoup.

Peterson Anténor

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Le vaillant Eder Romeus

Le vaillant Eder Romeus

 

 

 

Un sourire attrayant accompagné d’une vivacité si rare et n’oublions pas cette positivité spirituelle. Ce sont selon moi cette triade qui caractérise ce tambourineur, peintre, producteur que j’ai eu la chance de croiser et d’être un ami proche. Eder ROMEUS a complètement dépassé sa paraplégie en dépit du fait que dans notre société l’intégration et l’accessibilité des personnes à besoins spéciaux reste une lutte qui est à ses débuts.

Originaire d’Arcachaie, la ville où s’est tenu le fameux congrès qui a donné naissance à l’adoption de notre drapeau. Eder ROMEUS est né d’une famille de 4 enfants dont il est l’ainé. A l’âge de trois(3) ans, il est atteint d’une dangereuse fièvre (polio) contre laquelle ses parents et lui se sont débattu avec courage. Malheureusement, cette maladie l’a laissé dans un état paralytique. Il a perdu l’usage de ses membres inférieurs. Depuis lors, sa situation fut un choc pour sa famille, car elle troublait le fonctionnement routinier de celle-ci. Son enfance a été très difficile, notamment au niveau des loisirs, il ne pouvait pas jouer librement les jeux auxquels jouaient les enfants de son âge. Sa vie scolaire était beaucoup plus dure parce qu’il était toujours pointé du doigt et mis à l’écart par ses camarades. Selon lui, son enfance était caractérisé par de forts troubles psychologiques caractérisés par des troubles de l’humeur et aussi des phases dépressifs.

Le support de son entourage, particulièrement celui de sa mère, a joué un rôle capital dans son intégration au sein des sphères de notre société généralement hostile aux personnes qui ont un handicap. Avec cette assistance, il s’est fait une très bonne représentation de lui-même, en prenant en compte ses diverses capacités et aptitudes ainsi que ses limites. Toute leur attention me dit-il a été des « boucliers aux diverses formes de discriminations et d’exclusions que je subissais à longueur de journée ». Dans les mauvaises situations il avait des gens sur qui il pouvait compter. Lorsque sa mère meurt brusquement en 2000, il crut qu’il ne pourrait plus survivre après cette perte. Elle était pour lui ses membres que la vie lui avait enlevé l’usage. La même année une grande tension familiale éclata, pour fuir quelques dangers, une de ses tantes l’emmenait vivre à Jacmel. Encore une fois, Eder s’est trouvé dans l’obligation de se faire une place au sein d’une nouvelle communauté. Après beaucoup de péripéties, il arrive à entamer une vie ordinaire. Aujourd’hui Jacmel est pour lui « sa ville adoptive ».
Arrivé dans la cité d’Alcibiade Pommayrac, Eder continu ses études classiques, malgré l’animosité de certains responsables d’établissement scolaire. Un d’entre eux l’a déclaré en plein salle de classe : « handicapé, t’as pas ta place ici ». Il a toutefois réussi à boucler son premier cycle scolaire. Parallèlement, il intègre diverses institutions de la ville parmi lesquelles : la FOSAJ (2005-2006) où il a appris la peinture, la croix rouge jeunesse, CLUVAR (Club des Amis Réunis), AJEP etc. Conscient des difficultés auxquels fait face la catégorie sociale à laquelle il appartient, accompagné de quelques amis il fonda en 2006 l’ACCENH (L’Action Commune pour l’Encadrement des Handicapés)

Cet organisme de défense des droits des personnes handicapés regroupe une centaine de membres et siège dans la ville de Jacmel. En partenariat avec d’autres organisations, l’ACCENH organise souvent plusieurs activités de types : socio-culturelle (Course sur chaise roulante), de promotion et l’intégration des personnes handicapés (Marche pacifique). Parmi ses institutions il y a : le Bureau du Secrétaire d’Etat aux Personnes Handicapé, RANIF, Handicap International, PAM, ATF etc. De plus, sur demande de certaines instances, une délégation de plusieurs membres a l’habitude de participer à Port au Prince dans des ateliers de réflexions, des colloques, séminaires de formation et assemblées générales qui concernent l’objectif visé par l’association.

Parallèlement à sa vie professionnelle au sein de l’ACCENH, il étudiait les sciences de l’informatique à Cainfo (2007-2010) à Port-au-Prince. Lors du tremblement de terre, il me dit que « J’ai été on ne peut plus surpris de voir tous ses morts à travers les rues, les maisons détruites en un clin d’œil. N’était-ce pas l’aide de quelques proches, je n‘imagine même pas dans quel chaos je me serais trouvé. » Après ce désastre, la vie quotidienne à Port au Prince n’était pas du tout agréable, c’est comme si la ville entière attendait l’heure apocalyptique. Comme la majorité des provinciaux, Togheter (l’un des surnoms que lui donnent ses amis) rentre aussi à Jacmel. En entreprenant des démarches auprès d’ONG, l’ACCENH arrive à participer à la distribution de matériels adaptés pour le déplacement de nouvelles personnes handicapées (ASZA), de kit alimentaire (PAM), kit hygiénique (ASZA). En outre, elle a commencé avec l’appui psychosocial pour quelques membres qui ont été traumatisés.
Eder Roméus occupe plusieurs fonctions dans sa vie sociale. Responsable d’association, il est aussi ; Artiste peintre, tambourineur, et maintenant il est à sa dernière année en production de musique à Audio Institut. Dans toute la ville, il est un exemple pour les personnes à mobilité réduite ainsi que les autres. Son dynamisme et son leadership lui confèrent beaucoup d’estimes. Il est actuellement membre du cartel de magistrat du parti politique VERITE qui a participé aux élections du 25 octobre 2015. L’histoire de sa vie et son combat ont poussé les étudiants de Ciné Institut de Jacmel à publier un documentaire cours métrage sur ce personnage, titré « le handicapé » et disponible à Haïti-Cinéma.

vie d’Eder ROMEUS et ses efforts de réalisations ont fait de lui un exemple palpable de jeune handicapé qui a réussi malgré les vents et marées à s’intégrer dans la vie sociale en dépassant son handicap. Ces démarches s’inscrivent dans une perspective de développement durable car il s’investit à changer le comportement des gens à l’égard des personnes en situation d’handicap. Il vise aussi à mettre en relief les problèmes d’accessibilité qu’ils confrontent. Et surtout à sensibiliser les institutions ou entreprises sur les aptitudes et capacités qu’ils ont pour travailler au sein de n’importe quelle institution.
Peterson Anténor

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un matin pas comme les autres

un matin pas comme les autres

Ce vendredi matin, je me suis réveillé comme d’habitude très tôt dans l’idée de me préparer pour les cours. J’adore me réveillé à ces heures, je suis toujours ébloui par l’espoir que procure la lueur de l’aurore. Avec le beau temps qu’il faisait, une bonne journée s’annonçait. Mais, il y avait ce cours de savoir-vivre programmé à sept heures dont le simple fait de m’en souvenir a complètement brisé l’humeur d’une si belle matinée. Je n’avais rien vraiment contre le cours « savoir-vivre ». J’aurai adoré apprendre à vivre en bien d’autre circonstance. Comment apprendre à vivre dans un pays où l’on essaie de survivre. A quoi vont me servir ses règles, ses attitudes et comportements. Ici, tout va mal, la vie est sens dessus dessous. J’ai entendu au journal hier soir que plus de la moitié de la population vit à raison de deux dollars par jour, ils ont appelé ça « l’extrême pauvreté ». Cela me fait penser aux familles en manquent de nourriture, d’accès à l’assainissement et aux soins de santé. Les enfants qui souffrent de malnutritions, de tuberculose etc. Cette vie-là cela s’apprend ? Non je ne crois pas. Rien de tout cela ne se trouve dans les livres, la vie ici s’apprend sur le tas. Avec beaucoup de peine, je me suis habillé pour prendre les rues de l’école et m’apprêtais déjà à passer un mauvais moment pendant les premières heures. J’habitais à quelques lieux de l’école c’est pourquoi j’y vais à pied. Cela m’a épargné le trajet périlleux en transport en commun comme beaucoup de mes camarades. Je devais juste franchir la rue Massillon Coucou, traverser le carrefour aux quatre chemins puis rentrer dans l’entrée principale de mon établissement. Mais ce jour-là, j’avais décidé de faire un autre trajet, histoire de gambader un peu. Pour cela, j’ai pris la direction de la rue Seymour Pradel située à l’opposé de la rue où je devais normalement prendre. Marchant à pas de tortue, j’ai aperçu quelqu’un qui s’était appuyé sur la balustrade d’une galerie, c’était comme s’il portait un lourd fardeau dont il devait absolument s’affranchir pour ne pas succomber. J’ai senti qu’il avait besoin de l’aide, de mon aide et que cela paraissait sérieux. En me rapprochant de lui, j’ai vite remarqué que c’était mon professeur de « savoir vivre » qui était en plein crise. Mais à quoi se rapportent ses symptômes. En le soutenant pour l’aider à s’assoir sur l’escalier qui se trouvait au bas de la galerie, c’est à ce moment que je comprenais qu’il avait du mal à respirer, comme s’il était en train de suffoquer. C’était bien ce à quoi je pensais, une crise d’asthme. Je me souviens que la dernière fois monsieur Dobedek nous parlait de ses quelques manifestations et des risques que les personnes souffrant d’asthme en cours, sans nous dire qu’il en faisait partie. La première reflexe que j’ai eu c’est de trouver s’il n’avait pas sa pompe avec lui, j’ai donc pris sa valise pour la chercher. Difficilement il m’a fait savoir qu’il l’avait par mégarde oublié en sortant de chez lui, il ne voulait pas être en retard. Après avoir appris cela, je me suis trouvé dans une situation où je ne savais pas à quel saint me vouer. Brusquement, apparait dans ma tête les engrammes de l’exposé de son cours sur l’importance de l’autre et du besoin indéniable de sa présence. Je n’avais pas pris conscience à quel point je suis devenu individualiste sous l’effet de cette société où chacun se préoccupe de son lot de tribulations ainsi que son propre bonheur. Une société, un monde où l’autre n’est pas considéré en tant que membre de la race humaine ayant des destins en communs.
Tout à coup, un sentiment de culpabilité m’empare animé par la seule détermination de porter aide à mon professeur. Je l’ai appuyé soigneusement sur l’escalier pour trouver un chauffeur qui acceptera de l’amener à l’hôpital en urgence. Je n’ai même pas pris le temps d’appeler le centre ambulancier pour m’épargner l’absence de gêne qu’ils auront de me jeter à la figure qu’ils sont en panne d’essence ou qu’un de leur pneu s’est crevé. Je me demande toujours à quoi bon ils sont utiles s’ils ne peuvent pas intervenir en cas de besoins urgents. Avec un peu de peine, un chauffeur à accepter de faire ce geste salvateur après que près d’une dizaine à refuser d’écouter mes lamentations. Arriver à l’hôpital, les médecins l’ont vite mis sous oxygène pendant que j’attendais ses nouvelles sur le banc d’attente. A ce moment, j’ai pris conscience de notre vulnérabilité sans la présence de l’Autre et que ce matin n’était pas du tout comme les autres.

Publié par Peterson Antenor dans Billets, 0 commentaire