Chronique Psy-Ambulante

Espace pour les reflexions autour de la psychologie et sa vulgarisation

J’aime ma fille, pourtant parfois j’ai envie de la tuer

J’aime ma fille, pourtant parfois j’ai envie de la tuer

Dans cette chronique de Psy-ambulante il est raconté l’histoire de Nadia, une jeune fille de 21 ans qui souffre de phobie d’impulsion après avoir mis au monde sa fille. Nadia est en proie à des idées intrusives provoquant des comportements compulsifs. Elle se retrouve parfois piégée entre le sentiment d’amour, le désir de protection pour sa fille et l’envie lui faire du mal allant jusqu’à ôter sa vie.

Seules les ailes de l’amour m’exultaient, elles m’emportaient au-delà de cette souffrance. Auprès de Rony, le temps s’arrête. J’oubliais tout. Les difficultés financières de ma mère, le fait de ne pas pouvoir fréquenter une université, mes besoins quotidiens, mon avenir… Il était pour moi cette figure paternelle, ce refuge face aux aléas de l’existence. Nos habitudes, les sourires, les regards complaisants, les mots doux et l’érotisme provoquèrent la passion. J’en étais devenue insatiable. Le sexe transcendait mon être, cette balade des sens me laissait à moitié abasourdie. Captivé par ce désir excessif on n’oubliait parfois de nous protéger. Et, je suis tombée enceinte.

Les mois éternels de ma vie                                                 

Ma grossesse était comme une malédiction à laquelle personne ne s’attendait. Ma mère et mes oncles ont consenti d’énormes sacrifices pour moi. J’ai eu une éducation de qualité en fréquentant les meilleures écoles de ma ville. Certains de mes camarades étaient des jeunes dépourvus d’aucun souci d’argent, les sentiers de leur avenir étaient ornés d’opportunités. Alors que moi, je manquais de tout. Cette nouvelle a éclaté ma famille. Ma mère était vue comme seule responsable aux yeux de mes oncles; ils disaient qu’elle me laissait faire ce que je voulais.

Le petit prenait de plus en plus d’espace à l’intérieur de moi. Il en voulait pour progresser dans son développement. Pourtant, je ne me sentais pas prête à l’accueillir ; j’avais comme objectif d’entrer à l’université pour me frayer un avenir meilleur. Mon entourage s’en est vite rendu compte, entre temps la nouvelle commençait à se propager, les ragots de toutes pièces étaient déclenchés, puis il y a eu le rejet. Pour mes oncles, je venais de gaspiller ma vie. Cloîtrée aux quatre murs, les larmes essayaient de me laver de cette boue. Il ne se passa un jour sans que j’aie pleuré en maudissant le petit. Je ne voulais avoir aucun contact avec l’extérieur alors je me suis repliée sur moi-même.

Rony était toujours là pour moi. Mais sa présence n’y pouvait plus rien. Nous étions face à une destinée incertaine, le futur nous faisait peur. Et le petit être ne faisait que grandir. Toutes les questions me venaient à l’esprit concernant sa venue au monde. Je savais aussitôt qu’elle naissait qu’elle aura la vie. Mais de quelle vie on parle ? C’est vrai, son père va se débrouiller pour qu’il puisse avoir le minimum. Mais on n’accueille pas un enfant avec seulement le minimum.

Prise entre l’amour et le désir de la tuer                                

Le moment où j’ai pris Nesha dans mes bras pour la première fois, un sentiment d’émerveillement et d’émoi m’emparait. Je me disais que je suis prête à confronter la vie avec elle. Après quelques semaines survint  mes tourments, je commençais à avoir peur de la prendre dans mes bras. Il m’était impossible de rester avec elle seule à la maison. Parfois j’avais envie de la prendre dans mes bras, la cajoler, caresser son doux visage, jouer avec elle, sentir son petit cœur battre contre ma poitrine. Par contre , je n’arrivais pas à la toucher. J’avais envie de la pendre, de l’étouffer. L’anxiété me saisissait lorsque je me tenais près d’un couteau. Il m’était impossible d’aller à la toilette de peur de la jeter dans la latrine. Toutes ces idées me faisaient penser que j’étais une meurtrière. Je me sentais coupable. Mon plus grand mal était de ne pas pouvoir en parler à quelqu’un, de peur qu’on ne me juge, de ne pas être comprise. Je pleurais chaque fois que j’étais prise de panique, je voulais retrouver ma vie normale, chasser ses idées de ma tête.

C’était alors un trouble psychologique

Ma mère a cru que c’était dû à un sort que quelqu’un m’avait jeté, elle me dit de recommencer d’aller à l’église. Je n’y croyais pas. J’ai donc consulté des moteurs de recherches sur internet en inscrivant les signes et symptômes. Je me suis retrouvée a travers les histoires lues sur les forums. Ses femmes avaient pratiquement les mêmes difficultés que moi. Elles parlaient de dépression post-partum, de phobie d’impulsion, d’anxiété et d’angoisse. J’ai approfondi les recherches, ainsi j’ai pu mettre un nom sur ma souffrance.

J’avais pris un peu de temps pour consulter un médecin généraliste dans ma ville, j’ai su par la suite que je devais voir un psychologue. Mais ici, il n’y a pas de clinique de psychologie. Même l’hôpital de la ville ne détient pas un service psychologique. Le médecin m’avait prescrit des anxiolytiques qui ont diminué les angoisses, mais les idées n’avaient pas totalement disparues. Les angoisses diminuaient une période de temps pour réapparaitre comme au point de départ lorsque je vivais une situation contrariante. Ce n’est pas une maladie due à la superstition comme maman pensait, mais c’était un trouble psychologique causé par les situations que j’ai vécues pendant ma grossesse. En ce moment, je suis en train de faire une thérapie, et je me sens mieux. Elle m’aide à m’exposer graduellement aux situations angoissantes avec ma fille. Je commence à ne plus penser à ses idées sordides, je ne suis pas une meurtrière, j’aime ma fille et je veux son bonheur.

Publié par Peterson Antenor dans Chronique Psy-Ambulante, 8 commentaires
Mon bras  fantôme

Mon bras fantôme

Le mardi 12 janvier 2010 Haïti a connu la pire catastrophe de son histoire, trois départements sont sévèrement touchés, on a recensé plus de 300.000 pertes en vie humaines, les dégâts ont été très lourd. Fedya était dans son école quand elle a senti le bâtiment craquer sous ses pieds, elle a survécu mais un de ces bras a été enfermé sous une poutre de béton. Depuis, elle ressent son bras fantôme.

source: TPE seisme-E-mon site

Hmm… ce mardi…

Les années, on dirait, n’ont pas réussi à me défaire des souvenirs qui me calcinent. Ce jour a totalement déboité ma vie. Le sourire hilare qui animait mes humeurs a laissé place à ce faciès terne. Que de peine j’ai enduré. La présence de ma mère me réconfortait, elle savait bien comment accorder les notes de ma vie pour y mettre l’harmonie. Peu à peu, j’ai essayé de récoler les morceaux, m’ouvrir vers d’autres horizons. D’autres projets étaient en vue, il fallait reconstituer une vie écartelée, un corps, un esprit morcelé. Chaque jour, je me heurte à l’évidence de reconstituer l’image que j’avais de moi. Un de mes bras s’est broyé sous les effets saccageant des décombres de mon école. Je ne suis plus la même physiquement pourtant, je ressens toujours mon bras bouger. Je le vois, je le ressens toujours.

 

Ce drame ne mérite pas que je m’attarde dessus, même si au fond, je pense qu’il sera utile d’en parler à chaque fois que l’on ressent ce poids crisper l’estomac. Peut-être ainsi, l’on pourrait donner voix aux souffrances enfouies en nous. Je préfère faire ce survole, pas parce que je ne sens pas le courage, mais pour épargner à d’autres ces souvenirs qu’ils ont réussi à écarter, à reléguer au rang de l’oubli. Nous n’avons pas tous, la même force de résistance face à l’adversité. Certains d’entre nous étaient déjà très fragile affectivement et émotionnellement, d’autres se sont laissés emparer par l’effroi de cette misère funeste. Ils sont des milliers, parmi ceux qui ont survécu, qui ont été totalement anéantis. Je pense à Mireille, la nièce de mon père, qui a sombré dans la folie errant dans les rues de la ville. Heureusement, je suis de ceux qui luttent contre cet anéantissement, j’ai perdu mon bras mais je veux garder mes espoirs.

 

Je vois et ressens mon bras

Prendre le risque de vivre, c’est accepter de ne pas prendre la poudre d’escampette face aux expériences malencontreuses. Depuis après avoir subi cette intervention des médecins étrangers, dont je doute encore de leur expertise et de leur bonne foi, je vois et ressens toujours mon bras. Sa présence se manifeste par des douleurs terribles, parfois il m’arrive d’essayer de le lever en l’air pour qu’il accompagne l’autre dans son mouvement. J’ai même l’habitude de me relever la nuit et essaie d’attraper quelque chose avec mon bras amputé, ce n’est qu’après je me rends compte que c’était son fantôme. Les nuits qui ont suivi cette catastrophe ont été interminables, je n’arrivais pas à fermer mes yeux. Seule à ma mère, j’en parlais. Je ne prenais pas le risque d’en parler à une autre personne de peur qu’elle mette en question mon équilibre psychique.

 

Avec le temps, j’ai fini par sortir petit à petit de mon mutisme, j’ai décidé d’en parler à quelques personnes que je rencontrais, il y a parmi eux qui ne m’ont jamais compris, d’autres me disent que c’est normal et que j’allais toujours ressentir cette douleur. Alors, j’ai appris à vivre avec en pensant que je n’y pouvais rien.

 

Ma mère a entendu parler d’une institution qui facilitait l’acquisition de prothèse pour mettre à la place de mon bras. Ce bras de poupée géant, comme je l’appelle, ne m’a jamais fait bonne impression, à mon bras fantôme aussi ; parce que je ne me suis jamais senti à mon aise en le portant. Je m’en suis servi que quelque rare fois. C’était comme s’il y avait un conflit de titan entre mon bras fantôme et la prothèse, donc j’ai mis celui-ci dans un coin pour ne plus contrarier mes jours.

 

Une affaire d’image corporelle

Je doutais bien du pouvoir de cette boite noire qui devient de plus en plus lumineux avec les recherches scientifiques actuelles. Je ne sais pas d’où est sorti ce jeune homme pour venir s’entretenir avec moi au sujet de mon bras fantôme. C’était un samedi après-midi d’un week-end surchauffé par une ambiance de carnaval, je me trouvais à l’institution où se tient notre rencontre habituelle. Je fais partie d’une association de femme vivant avec un handicap. Lui, j’ignore ce qu’il était venu faire, je pense qu’il est un habitué de la maison. Sans aucun gène, ce qui m’a un peu surprise, il m’a questionné à propos de mon bras. Peu d’inconnu n’ont eu le courage de faire ça, souvent il me parle avec ce regard plein de pitié, c’est comme s’ils ne pouvaient pas trouver les mots justes. Il y a des rencontres qui jouent le rôle d’un effet de contre-séisme. C’est ainsi que je conçois cette rencontre avec Luc. Il est la première personne, après ma mère qui n’a pas un handicap moteur mais qui comprend avec ferveur ce que je sens. Il a mis un mot à ma souffrance : «  les douleurs fantômes », moi qui parlais de bras fantômes.

source: Haiti Press Network

En effet, il a pris le soin de m’expliquer que c’est normal les douleurs que je ressens, mais il a soutenu que c’est possible qu’elles disparaissent définitivement. D’après, lui c’est mon cerveau qui est à la base de tout ça, celui-ci cartographie l’image corporel dans des zones spécifiques. Comme ça, il propulse à travers les systèmes nerveux les messages à nos sens. Ce qui arrive avec mon cerveau me, laissait-t-il comprendre, c’est qu’il n’est pas encore arrivé à reconstruire une nouvelle image de mon corps. D’où l’explication de la présence des douleurs fantômes. La psychomotricité s’est intéressée à ce problème ; ce qui a donné lieux à des interventions aux effets prodigieux. Luc, m’a donné le contact d’un centre spécialisé pour les amputations où on paie seulement un prix symbolique vue le résultat de leur intervention. Au bout de trois mois de thérapie, je commence à ne plus apercevoir, ni même sentir mon bras fantômes et les douleurs ne sont plus présent.

Je m’étais tellement habitué que des fois mon bras fantôme me manque, je me croyais tellement diffèrent. J’ai réussi à me servir de la prothèse, j’ai comme l’impression de retrouver mon bras. Avec Luc, cela se passe à merveille, on a tellement de projet ensemble.

 

 

Source: Handicap International

Publié par Peterson Antenor dans Chronique Psy-Ambulante, 9 commentaires
Les réseaux sociaux favorisent-ils la domination de l’automatisme sur la pensée reflexive?

Les réseaux sociaux favorisent-ils la domination de l’automatisme sur la pensée reflexive?

C’est extraordinaire de voir à quel point le monde a évolué en matière de communication. Finit le temps des télégrammes, des messages de bouche à l’oreille, des « kout lanbi » pour faire passer un message à distance. Tout cela, grâce au développement des Technologies de l’Information et de la Communication (TICS). Il est question maintenant d’échanger des messages/photos/mails sur Facebook, Twitter, Whatsapp, etc.

Ces outils ont complètement modifié notre comportement vis-à-vis de l’autre, on a tendance à se sentir plus connecté en vivant ensemble nos quotidiens. C’est de nos jours courant de voir une personne nourrir une relation amoureuse ou amicale avec quelqu’un se trouvant à l’autre bout de monde. En un laps de temps, on peut partager des moments immortalisés par un selfie avec la personne de son choix via le téléphone portable. Les informations aussi circulent à une très grande vitesse, nous n’avons pas besoin d’être accrochés à notre poste de radio ou même attendre la venue du facteur pour nous apporter les journaux ; tout se fait par Internet.

Ces réseaux sociaux influencent nos comportements observables, le téléphone n’est plus cet outil nous permettant de dire Allô au bout du fil, avec les nouveaux gadgets l’accès nous est donné à de nombreux services. D’où, l’une des causes de leur prolifération. Je me permets de poser la question de savoir si leur utilisation ne modifie pas aussi notre processus cognitifs qui tend à traiter les informations que nous assimilons ?

Ralentissement de l’inhibition

L’observation et l’auto-observation des effets dus, au fait que nous conversons constamment sur les réseaux sociaux  m’amène à procéder à des remarques qui sont sujettes à des approfondissements. WhatsApp ou encore Facebook, Snap Chat ; en bref toute la famille favorise le ralentissement voire le blocage de l’inhibition. Ce dernier est un mécanisme cognitif qui, selon Olivier Houdé, sert de relais entre les systèmes heuristique et algorithmique. Ses recherches visent à proposer l’apprentissage de l’inhibition pour éviter les erreurs et les automatismes. Le constat flagrant que j’arrive à faire, c’est la domination de l’automatisme sur la pensée réflexive dans nos échanges sur les réseaux sociaux.

La rapidité et la facilité avec laquelle les messages sont expédiés, la sensation d’être plus proche, la tendance libertaire de mettre à jour des désirs et impulsions enfouis, l’impatiente attente des réponses venant des personnes avec lesquelles nous conversons, le fait d’être confortable derrière son clavier crée l’envie de tout se permettre. Ces éléments font que parfois nous sommes dominés par l’automatisme. Ce qui tend à déranger nos conversations et les rend tachées d’un désintérêt apparent.

L’enjeu

Cet automatisme favorisé par les réseaux sociaux peut avoir des incidences notables dans les rapports et les valeurs qui nous lient, principalement les limites que nous nous établissons. Cependant, celle qui est la plus alarmante c’est le risque de permettre à l’idiotie et l’irrévérence de prendre le dessus dans nos échanges.

L’importance de l’inhibition derrière le clavier

L’inhibition nous permet de passer d’un mode de traitement cognitif marqué par la spontanéité, les impulsions automatiques qui dirigent notre pensée à un mode logique et rationnel. Celle-ci nous élève à la dimension de l’intelligence humaine qui selon le psychologue Houdé, consiste à apprendre à résister, c’est-à-dire à inhiber le système des automatismes pour activer celui de la logique.L’inhibition derrière notre clavier de téléphone nous permettra de converser (chat) tout en conservant la dominance de la logique sur notre discours pour ne pas laisser aux automatismes de prendre le dessus. Aussi, elle facilitera d’être attentif, de communiquer réellement afin d’éviter d’être totalement absent tout en écrivant.

Peterson Anténor

 

Publié par Peterson Antenor dans Chronique Psy-Ambulante, 2 commentaires
Haïti : Les malades mentaux pris en dérision

Haïti : Les malades mentaux pris en dérision

L’homme est un être complexe et à la fois unique. Esprit et corps. C’est sous ce dualisme que consiste l’appréhension de l’être. Cette dialectique est à la base de notre comportement et donc détermine notre vie dans le milieu social. Lorsque le fonctionnement de l’un ou l’autre prend le dessus, est-il possible de perdre notre état d’homme ? Que peut-on faire pour préserver, récupérer, réhabiliter l’homme en situation de le perdre ?

Il est accablant, vraiment c’est le mot, de constater la manière dont beaucoup d’entre nous méprise des familles, amis ou encore des gens que l’on a connu, qui à un moment de leur vécu n’ont pas su par quel processus sortir d’un traumatisme ; n‘ont pas eu le support nécessaire pour passer outre d’une période marquée par de grande tension psychologique. Notre vie en est jonchée, donc nous sommes tous à risque ! Nous risquons tous un jour vivre une crise d’angoisse, une situation anxieuse persistante, une bouffée délirante, un état de stress post-traumatique et un tas d’autres états pathologiques que le rapport avec soi et à l’autre produit dans la société.

Notre Haïti d’aujourd’hui stigmatise, discrimine ceux que l’on appelle couramment et ignoblement les «  fous », ils ne sont pas pris en charge considérablement ; ce qui explique le fait qu’ils ne se récupèrent presque jamais. Il existe seulement deux centres psychiatriques publics très mal équipés pour tout le pays et environ huit cliniques privés. La majorité d’entre eux se trouvent dans le département de l’ouest. Les personnes dont les causes de leur pathologie sont attribuées à des maléfices d’un « sorcier », et que par maintes tentatives de traitement chez le  houngan  n’ont pas pu se récupérer ; ceux, par faute de moyens économiques d’informations ou encore de structures d’accueil ne peuvent pas pratiquer un internement sont retrouvées gambadant à travers les rues dans un piteux état. Habillés souvent d’haillons, les cheveux décoiffés, le regard complètement vidé, certaines fois à moitié nus. En bref, en situation de sous-homme.

Voilà comment on rencontre souvent ces gens qui sont doublement victimes d’une société qui, à fois produit les mécanismes de troubles par sa structure même et d’un autre coté ne fait rien comme acte thérapeutique de sorte que ces gens-là puisse fonctionner normalement. L’ethnopsychiatre Georges Devereux l’a si bien illustré en avançant que le pathologique est culturel.

Sur ce point, et sur bien d’autres encore, notre société est tellement deshumanisante – suicidaire même – qu’elle provoque l’aggravement de leur pathologie mentale. On a l’habitude d’entendre dire qu’à Jacmel par exemple, si vous avez quelqu’un qui est en plein crise psychologique, vous devriez l’enchaîner pour qu’il ne sorte pas dans la rue ; sinon vous allez le perdre. Cette allégation trouve tout son sens, dans le comportement moqueur et antipathique de certains dans la ville à l’égard des malades mentaux. Quelques minutes passées en compagnie d’eux sont prises comme une parodie, une ambiance de moquerie collective, un moment pour rire à gorge déployé des contenus de leurs hallucinations et de crises délirantes, de l’incohérence qui émane de leur discours, ou encore de leur fuite de la réalité, de leur mégalomanie. Certains ont tendance parfois à leur donner de l’argent pour stimuler leur engouement ou pour s’offrir leur petit service.

Pourtant ces personnes-là sont des humains qui méritent le soutien de tous, allant des parents aux autorités concernées. C’est sinistre de voir à quel point l’humanité est périssable avant même la mort. La psychologie peut bien aider à cet effet. Une psychologie qui tient compte des croyances culturelles de la population, c’est l’enjeu déterminant d’une cure chez nous, la culture. Pour les aider à se réhabiliter, Il nous faut la mobilisation de tout un arsenal de professionnels impliquant psychologues, psychiatres, travailleurs sociaux etc. Ce qui produira un changement de comportement de toute la société vis-à-vis des malades mentaux.

Peterson Anténor

Publié par Peterson Antenor dans Chronique Psy-Ambulante, 6 commentaires