Saut-d’Eau, la ville-bonheur

Perchée à l’est du département du Centre de la république d’Haïti, Saut-d'Eau est une petite commune d’environ 35.000 habitants qui attirent touristes, pratiquants catholiques et vaudous. Récit d'une visite.

Perchée à l’est du département du Centre de la république d’Haïti, Saut-d’Eau est une petite commune d’environ 35.000 habitants. Connue comme lieu de culte et touristique, elle accueille chaque année des milliers de pèlerins et de visiteurs venus du pays et de la diaspora. Saut-d’Eau est l’une des expressions les plus vivantes du syncrétisme religieux, où vodouisants et catholiques se confondent dans l’exaltation spirituelle.  A l’occasion de la fête patronale de la Vierge du Mont Carmel, la « Vierge des Miracles »,  je suis allé visiter ce lieu que l’on surnomme « la ville-bonheur ».

Le soleil battait son plein lorsque nous nous sommes embarqués dans un Suzuki 87, le petit chouchou de Françoise, l’amie qui nous a invités ma copine et moi. Nous avons mis le cap vers cette ville dont les histoires mystérieuses font penser aux îles au trésor. Françoise y va depuis plus de 25 ans. La circulation était fluide – Port-au-Prince s’est plutôt calmé depuis les dernières émeutes du 6 et 7 juillet. La ville reprend son allure compacte, mais on voyait toujours les restes des barricades enflammées, les vites des magasins brisées, pillées et incendiées. Il y avait aussi la peur qui transperçait certains visages. La population, on dirait, a trouvé une manière pour se faire entendre par le gouvernement.

Le trajet a duré environs 3 heures. On a fait un arrêt pour goûter aux  fritures des marchandes qui ornent le bord de la route. Aussitôt arrivés à la maison qui nous était réservée, un « Badji » (lieu sacré ou oratoire du houngan), nous avons déposé nos valises et sommes sortis explorer à pied la ville en pleine ébullition.

Direction, rivière La Terme

La circulation était d’une monstruosité festive, les rues bondées de gens et de bandes à pieds. Des foules dansaient au rythme des tambours et du tchatcha, des bambous et des trompettes, tous ces instruments qui donnent à notre musique une telle transcendance. La terre tremblait sous leurs pas de danse, laissant échapper de la poussière qui s’évaporait comme la fumée des usines.  Le soleil nous traquait toujours, il faisait une telle chaleur que seules les eaux de la rivière La Terme pouvait rafraîchir. L’eau fraiche de La Terme est aimée pour ses vertus thérapeutiques. Le long de ses berges dort l’argile vert connu pour ses nombreux bienfaits.

Flottant dans les eaux de la Terme. CP: Sephora Monteau

 

Moi et Sephora faisant un masque d’argile. C’est bon pour la peau.
CP: Françoise Ponticq

Vivez dans cette mini vidéo l’ambiance que donne une bande à pied ou Rara pour certains à la rivière

 

Des jeunes jouant au ballon dans la rivière. CP: Sephora Monteau

Après notre baignade, la journée n’était pas encore finie. On est sortis, cette fois à la rencontre de la vie nocturne d’un Saut-d’Eau surchauffé. Les piétons, les motards et les voitures se disputaient le passage à cause de l’étroitesse des rues. Au-dessus de nous, des gouttes de pluie commençaient à caresser nos visages enthousiasmés. Françoise nous a dit qu’il fallait absolument visiter le calvaire, l’église et « Nan Palm ». Le calvaire est un terrain rocailleux à ciel ouvert où sont représentées les quatorze stations de la passion du Christ, un chemin de croix. Sur chacune des croix ainsi que sur les roches, on voyait les pèlerins déposer leurs bougies en faisant leur prière. Au fond, quelques bancs placés sur les restes de ce qui a été une chapelle et une grande croix (calvaire), où est cloué seulement le buste de Jésus, la seule partie qui ait été épargnée par la catastrophe du 12 janvier.

L’église catholique se trouve à quelques cents mètres du calvaire . Une foule était massée à l’entrée rendant le passage difficile. Avec grand peine, nous avons réussi à atteindre l’église. Il n’y avait même pas de la place pour piquer une aiguille, les fidèles dansaient et chantaient des morceaux qui les mettaient dans une autre dimension psychologique, proche de la transe. Ici, ils oublient ne serait-ce que pour quelques instants les soucis de leur vie. C’est quelque part un refuge. Nous nous sommes ensuite dirigés vers « Nan Palm », là où, selon la croyance, la Vierge est apparue. C’est là aussi que les pèlerins dorment s’ils n’ont pas d’autres endroits pour se reposer. Nous avons rencontré des « houngan », ou « divinò » (devin) qui faisait leurs « leson » (prédire l’avenir) à qui le voulait.

En route vers le Saut, 45 minutes de marche

Le lendemain, juste après avoir bu notre café, nous nous sommes dirigés vers le saut, à 45 minutes de marche. C’était le jour où se tenait la finale de la Coupe du monde opposant l’équipe française et la Croatie. Je voulais suivre le match, supporter l’équipe Croate, mais ce n’était pas si évident que ça. Le long de la route, on a croisé des dizaines de pèlerins et de sociétés vaudoux qui venaient du Saut. Ils y vont principalement pour prendre des bains de chance et faire leurs incantations.

Des Pèlerins venant du Saut. CP: Peterson Antenor

 

Elles marchent tout en cantonnant des chansons. CP: Peterson Antenor

Le culte de l’eau 

L’ambiance dans ce sanctuaire naturel est à la fois frémissante et mythique. On sent le tressaillement de l’âme du croyant, on entend les complaintes et lamentations de ses femmes, hommes et enfants pour qui ce voyage est une quête de délivrance. Délivrance face à la misère devenue insupportable, délivrance face aux sécheresses : la terre ne veut plus donner à manger, délivrance face à la misère, l’angoisse et la peur. On voit des visages cherchant une lueur d’espoir dans les flammes de leurs bougies. L’eau ici est sacrée. Le bain est purificateur, il permet de se débarrasser des malchances et des malédictions. En jetant les habits portés lors du bain, un pèlerin nous a dit: on se débarrasse des « giyon » (malchances).

Autour du Saut, on remarque plein de personnes massées en petits groupes. On y voit les pèlerins, de nombreux Haïtiens vivants à l’étranger, des marchands ambulants et des gens qui sont venus en visite et prendre un bain. J’ai croisé deux étudiants en ethnologie de l’Université Laval qui faisaient une recherche sur le Saut. Ils m’ont pris comme sujet, je leur ai donné une petite entrevue. Certains en profitent pour faire de la magie, comme ce «houngan » qui faisait une cérémonie de noce. La femme concernée aurait reçu un sort d’une des maîtresses de son homme et un « houngan » devait procéder à ce mariage pour qu’elle guérisse.

Les gens prennent leur bain.
CP: Sephora Monteau

Des prêtresses vaudou aident les fidèles à faire leurs demandes avec des bougies.
CP: Sephora Monteau

Des pèlerins parlant à la Vierge des Miracles.
CP: Peterson Antenor

 

Moi et Françoise avant de prendre notre bain.
CP: Sephora Monteau

A bientôt!

Peterson Antenor

Publié par Peterson Antenor

J'ai une formation en psychologie . J'ai un coup de Coeur pour les livres et tout ce qui est d'expression artistique. Je suis de Jacmel, la capitale culturelle d’Haïti. Je partage avec vous une partie de moi sur mon blog.

3 commentaires

Merci camarade Peterson. Merci Françoise Ponticq alias Dokdan. Je ne prends pas souvent le temps de lire certains messages Ou certains articles publiés sur le réseau Facebook mais j’ai pris plaisir à lire le tien du début jusqu’à la fin. De La citée phocéenne la Ou je suis à marseille je me refais une visite comme si j’étais Avec vous pour pèlerinage dans la ville bonheur. Longues vies à vous ! Je vous remercie. Un petit remerciement en guise de commentaire Ou analyse critique !

Peterson Antenor
Peterson Antenor

Merci d’avoir pris le temps de lire mon billet Vladimir. Il y a de ses moments forts de notre vécu que l’on ne peut passer sous silence sans les partager avec trois personnes de notre entourage, qui eux l’enverront à trois personnes de leur entourage et ainsi de suite-Rires- j’adore Youssoupha comme vous pouvez le constater.

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