Ma bequille, ma vie…

C’est en parfaite complicité avec l’art qu’Eder Roméus a décidé de mener une plaidoirie en cette période hautement festive pour la ville de Jacmel. Il en a aussi profité pour remercier sa béquille pour toutes ses années de service. Depuis l’âge de trois ans suite à la fièvre polio il a perdu usage de ses membres inférieurs, sa béquille l’a accompagné depuis ses premiers pas. Pour la mettre dans une autre dimension, il a offert au public Jacmélien un vernissage organisé à l’Alliance Française du 28 au 1er mai sous le thème : ma béquille ma vie. Il nous parle un peu de sa vie et de l’exposition.

Lorsque, les yeux vers le ciel je n’arrive plus à voir scintiller mon étoile, l’art a toujours été ce refuge qui me sert de catalyseur. De très près la musique et la peinture m’ont côtoyé, nous sommes intimement liés. Le retentissement du tambour est là pour donner le tempo à mes jours, son bruit résonnant comme venu du lointain facilite la connexion avec mes origines. La peinture me permet de donner les couleurs qui manquent à ma vie. Avec mon pinceau ; je suis seul créateur, j’invente mon univers pour répandre mon énergie aux autres. Je leur donne la possibilité d’imaginer tout ce bouillonnement intérieur.

Lorsque l’on est paralysé des membres inférieurs depuis plus de trente ans dans une société qui ne laisse jamais passer l’occasion de se faire sentir marginalisé, l’intérieur est gangrené par le chagrin, la honte, la peur et d’espoirs perdus. Tout cela fait beaucoup de conflits internes, le fait de ne pas les exprimer peut être malencontreux. Malgré beaucoup d’effort de nombreuses instances en Haïti pour faciliter l’intégration des personnes en situation d’handicap, il existe toujours cette perception qui nous conçoit comme une vulgaire charge économique, sociale et émotionnelle.

J’ai passé toute ma vie à subir des humiliations partout où je me rends, souvent j’ai été obligé de supporter l’appellation de « kokobe » des gens qui, peut-être pas ne voulaient pas m’offenser. Parfois, il arrive qu’on dépose dans ma main quelques pièces pensant que je suis un mendiant. Vraiment, j’ai eu à subir et je subis toujours dans ce pays où l’intégration des personnes en situation d’handicap est encore un leurre. Ce qui est le plus blessant pour moi, c’est cette tendance à voir ma béquille comme un instrument de malédiction, de pitié et de marginalisation. Certains en font l’interdiction formelle, à des enfants majoritairement, de le toucher, de jouer avec, car c’est un outil porte-malheur. Pourtant, ce qu’il ignore c’est que cet outil est nécessaire à mon autonomie, avec son support je me déplace facilement pour vaquer à mes occupations. C’est ma béquille, ma vie. Nous tous, avons une béquille dans la vie, quelqu’un qui nous supporte dans l’adversité.

Présentation de quelques tableaux de l’exposition

 

Acrilic sur toile

 

 

 

 

 

Ces toiles sont un peu de la récupération, mais il n’a pas cherché les béquilles ailleurs. Elles sont quelques-unes qu’il a utilisées à un moment donner de sa vie. Il s’est inspiré des scènes musicales traditionnelles, quelques masques et sculptures africaines pour donner vie à ses béquilles.

 

Regards croisés

C’est une toile qui nous parle de la frustration sentimentale de l’artiste, elle concerne la façon dont il abordait les filles dans son plus jeune âge et son très peu de succès auprès d’elles. Beaucoup de personne ont du mal à accepter le fait qu’une personne en situation d’handicap jouit d’une relation sentimental saine, qui marche normalement comme toute autre personne. Certes, les personnes à mobilité réduite ont des difficultés pour entamer, construire et même pérenniser une relation sentimentale. Etant, une fanatique des culottes et des vagins à grande lèvres, il a associé toutes ses composantes à son œuvre. Ainsi, il espère faire croisé sur ce côté essentiel de son être.

 

 

 

C’est une représentation d’une femme enceinte, rappelant la mère d’Eder qui l’a beaucoup soutenu dans son existence. La défunte a été toujours près de lui lors de ses lamentations, elle est morte depuis des années mais il l’accompagne toujours dans ses réalisations.

Blocus du cerveau

Il montre dans ce tableau que les personnes qui vivent avec un handicap ne sont pas dépourvu totalement des capacités de leur cerveau. Plus d’un pense que leur problème vient du cerveau alors que c’est intact. Ce blocus, c’est eux même avec leur façon de se voir qui le produit avec surtout la façon dont leur environnement leur conçoit. Dans cette toile, on voit le cerveau lumineux avec ses nombreuses synapses qui montre l’activité cérébrale.

 

Eder Roméus travaille maintenant pour augmenter le nombre de tableau, il envisage de conquérir bien d’autre public avec cette exposition. Il envisage des institutions telle que la FOKAL, l’Institut Français de Port-au-Prince .

 

 

Peterson Antenor

Publié par Peterson Antenor

J'ai une formation en psychologie . J'ai un coup de Coeur pour les livres et tout ce qui est d'expression artistique. Je suis de Jacmel, la capitale culturelle d’Haïti. Je partage avec vous une partie de moi sur mon blog.

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