Explique-moi les élections

Cher correspondant, bonjour,

D’habitude c’est avec beaucoup d’empressements que je me jette sur mon stylo et du papier pour te répondre. Mais, cette fois-ci, il m’a fallu du temps. Je devais en prendre avant d’aborder ce sujet. Loin du fait que je sois parmi ceux qui donnent leur langue au chat quand il s’agit de se prononcer sur les questions portant sur la corruption, des crimes politiques ou bien des élections dans ce cas précis.

Juste avant d’aborder quelques éléments en termes d’explication de l’interrogation avec laquelle tu as conclu ta dernière lettre. Laisse-moi t’avouer que je n’ai jamais saisi la logique des élections ici en Haïti ; à chaque fois c’est la même histoire qui se répète. Il est vrai que je suis très jeune, mais j’ai suivi de près trois d’entre elles. Normalement dans un régime démocratique des élections libres et honnêtes sont nécessaires pour renouveler le personnel politique, cela renforce les institutions démocratiques. Ici, j’ai rien vu de renforcement moi. Au contraire, après chaque élection, de nouvelles crises viennent s’ajouter à notre lot de malheur pour compliquer encore plus notre situation de vie.

Tu sais, la souveraineté de notre peuple est toujours bafouée à travers ses élections, les trois quart du budget dépend de l’aide international qui passe par certaines ONG. Pour les dernières élections, c’est le PNUD qui eut à gérer le magot. Pour un petit pays comme le nôtre, l’organisation des élections est trop coûteuse par rapport à d’autres pays plus avancé économiquement. Je fais référence notamment aux élections du Brésil en 2010 dont le coût du vote valide était de 2,20 dollars US tandis que en Haïti, le coût de chaque vote valide était 20 fois plus supérieur au brésilien ; de l’ordre de 44,00 dollars US. Nous subissons le poids de cette dépendance économique dans le rôle que nous jouons dans la planification et même tout le long du déroulement du processus électoral. Lors de ces fameuses élections de 2010, nous avons eu des responsabilités qu’au niveau logistique. Généralement, celui qui finance tend toujours à commander, mais il ne faut jamais sous-estimer le people; c’est la force vive d’une nation. C’est en effet ce qui s’est passé lors de la tenue du deuxième tour des élections du 25 octobre 2015 fortement contestée. Malgré le comportement du CEP et du gouvernement en place une foule en liesse à fouler le macadam pour les forcer à faire retrait jusqu’à amener à la transition.

Ne sois pas surpris, je t’avais déjà parlé du caractère complexe des élections ici. Beaucoup de pays pauvres confrontent cette situation. Le tien a une belle longueur d’avance, c’est fabuleux pour vous. Mais vos gouvernements doivent nous laisser gravir certains étapes, notre démocratie a besoin d’être intégrée par nous tous. A cause de tout ce que vit Haïti, pour beaucoup, c’est un pays spécial. Je ne partage pas cet avis qui tend à nous isoler encore plus. Nous n’avons rien de spécial, j’admets que nous sommes en retard sur bien des points, nous sommes juste une jeune nation en quête de perspective qui a essayé et essaie malgré vents et marrée de se frayer un chemin pour assurer sa place dans l’histoire de l’humanité. L’éducation civique est un enjeu fondamental, à chaque élection c’est seulement une infirme partie de la population qui décide d’aller voter. Ce qui fait que le taux de participation varie par rapport au contexte, en 2006 il a été de 62%, 23 % en 2010 et en 2015 cela a baissé jusqu’à 18 %. Parfois, je me demande si normalement on peut parler de démocratie, de suffrage universel alors que la majorité de la population se trouve dans l’indifférence excessive en ce qui a trait à l’organisation politique de la société. Nos difficultés sont globales, nos moyens sont très peu mais il y a beaucoup de potentiel.

Après la journée du vote, ce n’est pas encore la fin de cette représentation scénique souvent dramatique. Les tirs d’armes à feu, l’incendie de bureau de vote, le bourrage d’urne sont quelques composantes de ce spectacle. Vient s’ajouter la publication des élections. Elles sont toujours contestées, la date prévue n’est jamais respectées. Les résultats font toujours l’objet de fraudes et de sérieuses irrégularités orchestrés par le gouvernement en place avec l’aide de la communauté internationale.

Je ne prétends pas épuiser ta question dans cette missive, j’ai juste abordé les aspects pertinents qui caractérisent la tenue des élections ici.

A bientôt !

Peterson Antenor

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *