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un matin pas comme les autres

Ce vendredi matin, je me suis réveillé comme d’habitude très tôt dans l’idée de me préparer pour les cours. J’adore me réveillé à ces heures, je suis toujours ébloui par l’espoir que procure la lueur de l’aurore. Avec le beau temps qu’il faisait, une bonne journée s’annonçait. Mais, il y avait ce cours de savoir-vivre programmé à sept heures dont le simple fait de m’en souvenir a complètement brisé l’humeur d’une si belle matinée. Je n’avais rien vraiment contre le cours « savoir-vivre ». J’aurai adoré apprendre à vivre en bien d’autre circonstance. Comment apprendre à vivre dans un pays où l’on essaie de survivre. A quoi vont me servir ses règles, ses attitudes et comportements. Ici, tout va mal, la vie est sens dessus dessous. J’ai entendu au journal hier soir que plus de la moitié de la population vit à raison de deux dollars par jour, ils ont appelé ça « l’extrême pauvreté ». Cela me fait penser aux familles en manquent de nourriture, d’accès à l’assainissement et aux soins de santé. Les enfants qui souffrent de malnutritions, de tuberculose etc. Cette vie-là cela s’apprend ? Non je ne crois pas. Rien de tout cela ne se trouve dans les livres, la vie ici s’apprend sur le tas. Avec beaucoup de peine, je me suis habillé pour prendre les rues de l’école et m’apprêtais déjà à passer un mauvais moment pendant les premières heures. J’habitais à quelques lieux de l’école c’est pourquoi j’y vais à pied. Cela m’a épargné le trajet périlleux en transport en commun comme beaucoup de mes camarades. Je devais juste franchir la rue Massillon Coucou, traverser le carrefour aux quatre chemins puis rentrer dans l’entrée principale de mon établissement. Mais ce jour-là, j’avais décidé de faire un autre trajet, histoire de gambader un peu. Pour cela, j’ai pris la direction de la rue Seymour Pradel située à l’opposé de la rue où je devais normalement prendre. Marchant à pas de tortue, j’ai aperçu quelqu’un qui s’était appuyé sur la balustrade d’une galerie, c’était comme s’il portait un lourd fardeau dont il devait absolument s’affranchir pour ne pas succomber. J’ai senti qu’il avait besoin de l’aide, de mon aide et que cela paraissait sérieux. En me rapprochant de lui, j’ai vite remarqué que c’était mon professeur de « savoir vivre » qui était en plein crise. Mais à quoi se rapportent ses symptômes. En le soutenant pour l’aider à s’assoir sur l’escalier qui se trouvait au bas de la galerie, c’est à ce moment que je comprenais qu’il avait du mal à respirer, comme s’il était en train de suffoquer. C’était bien ce à quoi je pensais, une crise d’asthme. Je me souviens que la dernière fois monsieur Dobedek nous parlait de ses quelques manifestations et des risques que les personnes souffrant d’asthme en cours, sans nous dire qu’il en faisait partie. La première reflexe que j’ai eu c’est de trouver s’il n’avait pas sa pompe avec lui, j’ai donc pris sa valise pour la chercher. Difficilement il m’a fait savoir qu’il l’avait par mégarde oublié en sortant de chez lui, il ne voulait pas être en retard. Après avoir appris cela, je me suis trouvé dans une situation où je ne savais pas à quel saint me vouer. Brusquement, apparait dans ma tête les engrammes de l’exposé de son cours sur l’importance de l’autre et du besoin indéniable de sa présence. Je n’avais pas pris conscience à quel point je suis devenu individualiste sous l’effet de cette société où chacun se préoccupe de son lot de tribulations ainsi que son propre bonheur. Une société, un monde où l’autre n’est pas considéré en tant que membre de la race humaine ayant des destins en communs.
Tout à coup, un sentiment de culpabilité m’empare animé par la seule détermination de porter aide à mon professeur. Je l’ai appuyé soigneusement sur l’escalier pour trouver un chauffeur qui acceptera de l’amener à l’hôpital en urgence. Je n’ai même pas pris le temps d’appeler le centre ambulancier pour m’épargner l’absence de gêne qu’ils auront de me jeter à la figure qu’ils sont en panne d’essence ou qu’un de leur pneu s’est crevé. Je me demande toujours à quoi bon ils sont utiles s’ils ne peuvent pas intervenir en cas de besoins urgents. Avec un peu de peine, un chauffeur à accepter de faire ce geste salvateur après que près d’une dizaine à refuser d’écouter mes lamentations. Arriver à l’hôpital, les médecins l’ont vite mis sous oxygène pendant que j’attendais ses nouvelles sur le banc d’attente. A ce moment, j’ai pris conscience de notre vulnérabilité sans la présence de l’Autre et que ce matin n’était pas du tout comme les autres.

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